Elections 2014: Deux scrutins, deux stratégies pour le Front national

POLITIQUE L'année 2014 s'annonce décisive pour le FN, qui bénéficie toujours d'un vote protestataire plus que d'adhésion, selon un spécialiste de l'extrême droite...

Anne-Laëtitia Béraud
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Marine Le Pen, le 7 janvier 2013 à au siège du FN à Nanterre.
Marine Le Pen, le 7 janvier 2013 à au siège du FN à Nanterre. — LCHAM/SIPA

Année électorale chargée pour le Front national, avec les municipales de mars puis les européennes de mai. Fort de sondages favorables, le parti investit diversement les deux échéances électorales.

Alors que le parti ne dirige plus de villes, ses ambitions aux municipales restent vagues. Devant la presse mardi, Marine Le Pen juge «impossible de faire un pronostic», espérant toutefois obtenir «plus de 1.000 conseillers municipaux» qui assureraient «une implantation locale durable et organisée».

«Le FN évite les objectifs chiffrés mais espère gagner quatre à six villes, qui pourraient devenir des vitrines nationales», explique Sylvain Crépon*, sociologue et chercheur au laboratoire Sophiapol de l'université de Paris Ouest-Nanterre. Le but de ces élections est plutôt, pour le FN, un pari sur l’avenir. «Le parti espère que les conseillers municipaux FN élus se formeront à la gestion locale, pour capitaliser sur eux dans cinq à dix ans [avant d’être pleinement opérationnels pour le parti]», ajoute Sylvain Crépon. En attendant, la campagne reste discrète. «Le parti se méfie de ses candidats, qui sont en grande majorité peu expérimentés, et pourraient faire des erreurs catastrophiques en parlant trop ou mal», précise le chercheur.

Menace de l'abstention 

Quant aux élections européennes, le discours est tout autre. Alors que l’Union européenne représente «le premier des trois combats fondamentaux» du FN en 2014, Marine Le Pen estime, mardi, que dans le cas où son parti arriverait devant le PS et l’UMP aux élections de mai, une dissolution de l’Assemblée nationale serait inéluctable. «Si un parti eurosceptique arrive premier aux européennes, c’est évident que cela ouvre une crise politique», précise Marine Le Pen à 20 Minutes. Une dissolution qui entraînerait, selon la politique, la multiplication de ses troupes à la Chambre basse, où seuls deux députés frontistes siègent actuellement.

«Le FN met le paquet sur ces européennes, car pour ces élections ils peuvent faire une campagne nationale, et mettre l’accent sur le social», explique Sylvain Crépon. «Et contrairement à ce que pensent des sondeurs, je pense que le FN bénéficie toujours d’un vote protestataire, et pas forcément d’adhésion», continue le chercheur. Avant d’ajouter: «D’ailleurs la question est plutôt sur la confiance accordée au parti, que cette histoire de vote de protestation ou d’adhésion. On peut voter pour un parti sans lui faire forcément confiance sur sa capacité à diriger». Mais la plus grande menace pour le Front national à ces élections, reste, comme pour les autres partis, la capacité à mobiliser. Afin de briser le plus grand parti de France, celui des abstentionnistes.

*Sylvain Crépon est l'auteur d'Enquête au cœur du nouveau Front national (éd. Nouveau Monde).

Pour ces élections, le FN cible les villes moyennes et périurbaines, de 15.000 à 50.000 habitants, des communes moyennes qui ont apporté le gros des voix à Marine Le Pen à la dernière présidentielle. Outre Hénin-Beaumont, dans le Pas-de-Calais, le parti espère gagner les municipalités du Gard Saint-Gilles et Beaucaire, Brignoles (Var) ou encore Sorgues (Vaucluse). «Et il y a aura des surprises à Perpignan», assure encore Marine Le Pen, une ville où se présente Louis Aliot, le vice-président du FN.