Le 16 avril 2012. Francois Fillon, premier ministre, en interview avec 20 Minutes a l'hotel Matignon.
Le 16 avril 2012. Francois Fillon, premier ministre, en interview avec 20 Minutes a l'hotel Matignon. — V. WARTNER / 20 MINUTES

Politique

Inversion de la courbe du chômage: Pour Fillon, Hollande «est en passe de perdre son grand pari politique»

ECONOMIE – Toutes les réactions à l’annonce de la hausse du chômage…

L'essai du mois d’octobre n'a pas été transformé. Le nombre de demandeurs d'emploi sans activité, après une baisse en octobre, est reparti à la hausse en novembre avec 17.800 nouveaux inscrits (3,29 millions au total). Pourtant, les éléments de langage du gouvernement sont positifs. François Hollande maintient que l'inversion de la courbe du chômage, promise pour la fin de l'année, «est bien amorcée». Tout comme son ministre du Travail, Michel Sapin, qui a déclaré que l’inversion est «bel et bien engagée au 4e trimestre».

20 Minutes fait le tour des réactions politiques à ces annonces.

François Rebsamen, président du groupe PS au Sénat, dans un communiqué, donne raison au président et au ministre du Travail. Car selon lui, l'examen des chiffres sur plusieurs mois «confirme que la progression mensuelle, inéluctable, du chômage est enfin stoppée». «L'inversion de la courbe du chômage est donc à notre portée et l'engagement pris par le président de la République est proche de devenir une réalité», précise-t-il.

François de Rugy, coprésident du groupe écologiste à l'Assemblée nationale, sur Twitter, s’est lui aussi montré plutôt satisfait: «Il y a une tendance moins mauvaise depuis plusieurs mois. Mais nous n'avons pas encore tout fait. Il faut poursuivre les réformes de structure: l'accord sur la formation professionnelle doit être transcrit dans la loi au plus vite. La transition énergétique est un grand chantier créateur d'emplois nouveaux et durable.»

 


La droite dénonce la politique fiscale du gouvernement

Une vision que ne partage évidemment pas François Fillon, ancien Premier ministre UMP, qui s’est exprimé dans un communiqué: «Ce soir, le piège se referme un peu plus sur François Hollande qui est en passe de perdre son grand pari politique d'inverser la courbe du chômage, lance le candidat perdant de la dernière primaire UMP. Cet échec prévisible est le résultat d'une mauvaise stratégie économique. Aucune décision forte n'est intervenue pour se donner véritablement les moyens de cette inversion. Alors que le gouvernement aurait dû accélérer sur l'investissement, sur la compétitivité et le désendettement, la France est redevenue championne d'Europe des impôts.»

Yves Jégo, délégué général de l'UDI et ancien secrétaire d'Etat à l'Outre-mer, rejoint son ancien collègue gouvernemental dans sa charge contre la politique économique et fiscale du gouvernement. Dans un communiqué, il juge ainsi «qu'aucune perspective durable de baisse significative du chômage ne semble hélas poindre à l'horizon». «La France paye ainsi très cher la double erreur économique d'une majorité socialiste qui a préféré le gourdin fiscal aux réformes structurelles indispensables pour baisser la dépense publique», appuie-t-il.

Florian Philippot, vice-président du Front national, sur i-Télé, a lui adopté un autre angle d’attaque. «C'est un nouveau bug de communication car ce gouvernement à défaut d'agir, comme le précédent, compense par de la “surcommunication”, avec cette histoire folle d'inversion de la courbe pour la fin 2013. Le gouvernement doit se fixer un seul objectif. Relancer la croissance, la création de valeurs, et donc l'emploi, car il est évident que le chômage continue d'augmenter dans un pays qui est à 0% de croissance […] On espère bien sûr que le chômage va diminuer, on peut croire aux miracles, mais il n'y a pas de raison que ça arrive», a déclaré le frontiste.

La communication de l’exécutif en prend également pour son grade dans le communiqué de Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la République (DLR). «En tentant de jouer sur des apparences statistiques aussi aléatoires que peu significatives, le président de la République et le Parti socialiste s'imaginent mener les Français en bateau. Mal leur en prend: ils vont vite devoir déchanter car la lutte contre le chômage n'est pas un jeu, tandis que nos concitoyens ne croient plus depuis belle lurette au trompe-l'oeil des emplois aidés», écrit l’ancien candidat à la présidentielle.

Le Medef et la CGT souhaitent une autre politique

A l’autre bout de l’échiquier politique, le discours est tout autre, mais il n’en est pas moins critique à l’égard des résultats de la majorité. Alexis Corbière, secrétaire national du Parti de gauche, a notamment pris la parole sur BFM TV: «C'est sérieux et je crois que Monsieur Sapin a embrouillé un peu les choses, et ça je trouve que ce n'était pas digne. […] La politique menée par ce gouvernement ne permet pas de faire reculer le chômage», mais «on peut faire autrement». «Si on veut empêcher la hausse du chômage, il faut empêcher la destruction d'emplois. Ça peut sembler simpliste comme idée, mais c'est la base de tout», a-t-il expliqué.

Une politique alternative à laquelle appelle aussi Eric Aubin, secrétaire confédéral de la CGT, dans une déclaration à l'AFP: «Pas de cadeau de Noël pour le gouvernement et la galère se poursuit pour les demandeurs d'emploi. Trois clignotants continuent d'être au rouge: le chômage des jeunes, le chômage des seniors et le chômage de longue durée. Les emplois aidés sont certes utiles, mais ça ne fait pas une politique de l'emploi. Il faut remettre à plat les aides publiques et redéfinir une autre politique de l'emploi. C'est la seule solution pour inverser la courbe du chômage. En dessous de 1,5% de croissance, on ne créé pas d'emplois. Pour moi, [François Hollande] a perdu son pari. Là, l'inversion, il ne faut pas s'y attendre.»

Du côté des patrons, on appelle également à mener une autre politique. Mais pas vraiment celle que prône la CGT. Dans un communiqué, le Medef préconise ainsi «des réformes structurelles» pour «engager une dynamique durable de création d'emplois». Cela «ne pourra se faire que grâce à des entreprises compétitives et les emplois aidés ne sont que des outils conjoncturels», avance le mouvement des chefs d’entreprise. Le patronat plaide enfin pour une «baisse des prélèvements obligatoires et des dépenses publiques» pour «redonner de l'air aux entreprises comme aux citoyens».