Merkel à Paris, sur fond d'espoir de rapprochement Paris-Berlin

DIPLOMATIE La chancelière allemande, reconduite officiellement dans ses fonctions mardi, réserve à la France le premier déplacement à l'étranger de son troisième mandat...

B.D. avec AFP

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Angela Merkel et François Hollande lors du sommet européen de Bruxelles le 24 octobre 2013.
Angela Merkel et François Hollande lors du sommet européen de Bruxelles le 24 octobre 2013. — AFP

Angela Merkel sera ce mercredi soir à l'Elysée, désormais à la tête d'un gouvernement qui compte six pointures sociales-démocrates dans ses rangs, nourrissant l'espoir d'un rapprochement avec Paris sur les dossiers européens, économiques ou sociaux. Tout comme François Hollande qui s'était envolé pour Berlin sitôt sa passation de pouvoir achevée avec Nicolas Sarkozy, le 15 mai 2012, la chancelière allemande, reconduite officiellement dans ses fonctions mardi, réserve à la France le premier déplacement à l'étranger de son troisième mandat.

Au delà d'une tradition bien ancrée, symbole du rôle moteur du couple franco-allemand en Europe, Angela Merkel et François Hollande tenteront d'accorder leurs violons à la veille d'un sommet européen décisif. Les Vingt-Huit se retrouveront jeudi et vendredi à Bruxelles pour tenter de mettre la dernière main à un projet d'union bancaire, censé parer le risque d'une nouvelle crise du secteur bancaire européen, et faire avancer un tant soit peu une Europe de la défense désespérément embourbée.

Dîner de travail

Angela Merkel sera accueillie à l'Elysée en fin d'après-midi par François Hollande. Puis tous deux s'adresseront à la presse avant un dîner de travail, cérémonial bien huilé mais avec une touche d'originalité: les deux dirigeants seront accompagnés de leur ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, bien sûr, mais aussi le social-démocrate Frank-Walter Steinmeier.

Le chef de la diplomatie française a placé la barre très haut dimanche, fixant une nouvelle ambition pour un couple franco-allemand fatigué. Il s'agit d'«essayer, si les Allemands le veulent bien, de bâtir un projet commun à proposer à l'ensemble des pays d'Europe» afin de «permettre aux Européens d'aimer de nouveau l'Europe», a-t-il lancé dimanche. Le retour au pouvoir des sociaux-démocrates à Berlin, même au sein d'une coalition avec les conservateurs, «change des choses sur le plan social» et «va sûrement aussi donner une tonalité plus tournée vers l'emploi», a-t-il estimé.

A l'Elysée et avec un peu moins d'emphase, on voulait voir mardi dans la visite de la chancelière à Paris «la démonstration de la volonté des deux dirigeants de continuer à exercer leur responsabilité vis-à-vis de l'Europe». Il s'agit d'une «réaffirmation de la continuité» de la relation franco-allemande même si des «évolutions» sont attendues sur les dossiers européens, a-t-on avancé prudemment de même source. Un espoir alimenté par l'accord de coalition conclu entre conservateurs et sociaux-démocrates.

Période de «stabilité»

François Hollande en avait fait l'éloge fin novembre à Madrid, estimant qu'il allait «dans la bonne direction». Le président avait salué tout particulièrement l'instauration d'un Smic en Allemagne qu'il appelait ardemment de ses voeux mais aussi d'autres dispositions, sur les retraites, les investissements ou les infrastructures. La réélection d'Angela Merkel ouvre également un période de «stabilité» de trois ans et demi à la tête des deux premières puissances européennes avant le renouvellement de leurs dirigeants, observe-t-on à l'Elysée.

Dès jeudi cependant, Français et Allemands pourront apprécier l'impact de la «grande coalition» au pouvoir à Berlin sur leur degré de complicité. François Hollande ne manquera pas d'être interrogé sur l'«évolution» des traités européens à laquelle Angela Merkel a de nouveau appelé mercredi lors de son premier discours devant les députés allemand depuis sa réélection pour faire progresser l'intégration européenne. Le président s'y est montré jusqu'à présent hostile, préférant des avancées concrètes sur des dossiers précis.

Le chef de l'Etat entend arracher à tout prix un accord sur l'union bancaire mais plaidera aussi pour la création d'un instrument européen de financement permanent des interventions militaires d'urgence dans les pays en crise. Celui-ci ne bénéficierait, reconnaît-on à Paris, qu'aux opérations conduites sous la bannière de l'Union européenne. Ainsi, ni l'opération Serval lancée par la France au Mali en janvier, ni Sangaris, déclenchée le 5 décembre en Centrafrique, «ne seraient concernées en l'état», concède-t-on.

De la même manière, le montant de sa dotation ou son calendrier sont encore dans les limbes même si Paris évoque «la fin du premier semestre» 2014. Mais quoi qu'il en soit, la position de Berlin sur ces différents dossiers sera scrutée avec une attention toute particulière.