Euthanasie: Pourquoi rien ne devrait changer

Matthieu Goar

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François Hollande, le 3 décembre 2013.
François Hollande, le 3 décembre 2013. — LCHAM/SIPA

S’il y a un sujet où Hollande a fait du Hollande, c’est bien l’euthanasie. D’abord, le socialiste a mitonné pendant sa campagne une proposition (la numéro 21) où il est bien question «d’assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité». Les associations telles que l’ADMD s’étaient alors réjouies, croyant discerner entre les lignes les mots «euthanasie» ou «suicide assisté» qui n’étaient pourtant pas prononcés. A bien la lire, la proposition du candidat restait en fait très générale en évoquant, sans les divulguer, des «conditions précises et strictes» d’application dans les cas de «maladies incurables, provoquant une souffrance physique ou psychique insupportable, et qui ne peut être apaisée». Pas un mot sur l’application concrète.  

Trois concertations différentes

Elu, le chef de l’Etat avait alors ouvert un grand cycle de concertations sur le sujet, dans le plus pur style Hollande qui en lançait alors sur tous les types de sujet (marché du travail, transition énergétique, etc). En 2012, il avait d’abord confié une mission au professeur Sicard. Puis l’exécutif avait demandé son avis au CCNE (déjà sollicité sur la PMA, par exemple) qui avait rendu un avis prudent qui condamnait la dépénalisation de l’euthanasie 

Le CCNE avait alors choisi de poursuivre le débat en demandant à un panel de 18 citoyens français de plancher sur le sujet. Alors que le rapport Sicard envisage prudemment une assistance au suicide en cas de maladie incurable et évolutive, ce groupe représentatif va plus loin en préconisant la «légalisation du suicide assisté». Un peu à l’image des 92% de sondés interrogés dans ce sondage. «Vous croyez qu’on n’a pas assez de rapports sur la question. Les hommes politiques se cachent derrière des conseils, des comités. La vérité, c’est qu’ils manquent de courage», avait confié à 20 Minutes, Marie Humbert, qui avait aidé son fils à mourir en 2003. 

Dissensions et prudence

Alors que les concertations ont pris fin, l’exécutif va-t-il maintenant embrayer? A l’époque de la mise en place de ces organes consultatifs, en juillet, Hollande avait promis qu’au «terme de ce débat, il y aura, sans doute à la fin de l'année, un projet de loi». Mais, depuis les manifestations contre le mariage pour tous, l’Elysée et Matignon semblent tétanisés par les sujets de société. Sans compter les dissensions qui peuvent exister sur ce sujet au sein de la majorité. Michèle Delaunay, ministre déléguée chargée des personnes âgées, n’est pas favorable à l’idée de suicide assisté. «Il est facile de se prononcer pour quand on est assis confortablement dans un fauteuil et bien portant», avait confié à 20 Minutes cette ancienne cancérologue au moment du suicide très médiatisé de deux octogénaires dans un palace parisien. «Entre la situation actuelle [non-pénalisation de l’assistance au suicide] et la légalisation pure et simple, il y a de nombreux paliers. Il ne m’appartient pas de trancher mais la réflexion doit être menée par toute la société, le CCNE, le Parlement, et François Hollande et son gouvernement devront ensuite décider s’il faut apporter une solution en ouvrant la loi Leonetti», avait-elle poursuivi.

Pas sûr donc que l’exécutif se précipite sur ce sujet. «Dans ce domaine, il faut dépassionner. Si Hollande l’amène, il risque d’y avoir un blocage d’une partie de la population qui va en profiter pour politiser le débat. Selon moi, le Parlement et particulièrement le Sénat sont des bons endroits pour débattre sereinement de ce sujet», estime le sénateur PS Gaëtan Gorce qui avait participé aux travaux de la Mission pour l’accompagnement de la fin de vie  qui avait ocnduit  à la rédaction de la loi Léonett. Lui avait d'ailleurs déposé une proposition de loi sur ce sujet en 2009. Tout comme le groupe RRDP (Radical, Républicain, Démocrate et Progressiste) de l'Assemblée qui avait également déposé une proposition  dès le 26 septembre 2012