François Hollande, radioscopie d’une impopularité

Matthieu Goar

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François Hollande lors d'un discours à Aubervilliers, à l'occasion de la signature de contrats de génération entre l'Etat et le groupe Solvay, le 28 novembre 2013.
François Hollande lors d'un discours à Aubervilliers, à l'occasion de la signature de contrats de génération entre l'Etat et le groupe Solvay, le 28 novembre 2013. — ETIENNE LAURENT / POOL / AFP

En 18 mois, François Hollande s’est construit une impopularité record. Même s’il arrive parfois à en blaguer, les courbes inquiètent l’Elysée, qui relativise devant les journalistes en répétant que la popularité reviendra avec la baisse du chômage.

Mais pourquoi les Français ont-ils pris en grippe celui qu’ils ont porté à la présidence de la République? Une enquête réalisée par l’institut Polling Vox pour 20 Minutes avec le soutien de Clameo.fr permet de réaliser une radioscopie de ce désamour. Les résultats sont désespérants pour l’Elysée. «Il cristallise la détestation du camp adverse et n’arrive pas à rassembler le sien», constate le président de l’institut, Jérôme Sainte-Marie.

Jugé «injuste» et «faible»

Le chef de l’Etat, qui avait mis le mot «justice» au cœur de sa campagne, est ainsi jugé «injuste» (53%), «partisan» (54%) et surtout «faible» (76%), l’une des critiques qui poursuit Hollande dont les revirements sur l’écotaxe ou encore sur Leonarda n’ont pas rassuré les contempteurs. «L’indécision est un aspect qui revient sans cesse. Cette faiblesse supposée était déjà évoquée par les initiés à l’époque où il dirigeait le PS. Cette critique s’est popularisée pendant les primaires socialistes, généralisée pendant la campagne et apparemment confirmée pendant la présidence», estime Sainte-Marie.

Aux questions ouvertes sur les actions enclenchées depuis le début du quinquennat, les hésitations des sondés sont révélatrices. 60% des personnes interrogées se disent tout simplement incapables de trouver une qualité à François Hollande (seulement 17% de non-réponses sur les points faibles). «Il y a un récit négatif autour de lui qui est très fort. Les gens de droite n’ont aucun mal à citer des sujets de mécontentements alors que ceux qui se disent à gauche hésitent sur les choses positives», estime Sainte-Marie.

Pas de marqueurs économiques de gauche

Si sa conduite des interventions militaires, notamment en Afrique (8% pour le Mali), est plutôt appréciée, Hollande concentre les critiques sur les sujets économiques (le poids de la fiscalité, cité par 30% des sondés) ou encore son style de président (25% des sondés n’aiment pas sa manière d’exercer la fonction, notamment son indécision, encore et toujours citée par 7% des sondés). «Ce qui est étonnant et inquiétant, c’est qu’il est très faible sur des “items” de gauche comme le social ou les salaires. Si une loi sociétale comme le mariage pour tous est évoquée (9%), il n’y a pas eu de grande décision économique de gauche comme les Lois Auroux de François Mitterrand», conclut Sainte-Marie. Un Président Mitterrand qui avait lui aussi connu les tréfonds de l’impopularité en 1986, avant de se faire réélire en 1988.

Fiche technique

Sondage réalisé à partir d'interviews par téléphone du 28 au 30 novembre 2013 sur un échantillon représentatif de 1008 personnes de 18 ans et plus, constitué selon la méthode des quotas.