VIDEO. Le FN et Mandela: Du «terroriste» à «la grande voix de l’Afrique»

POLITIQUE Dans les années 1990, Jean-Marie Le Pen s’était dit «ni ravi ni ému» de la libération de Nelson Mandela...

Enora Ollivier

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Jean-Marie Le Pen et Marine Le Pen, le 15 septembre 2013 à l'université d'été du Front national, à Marseille.
Jean-Marie Le Pen et Marine Le Pen, le 15 septembre 2013 à l'université d'été du Front national, à Marseille. — DEFOSSEZ FREDERIC/SIPA

C’est un hommage poignant que Marine Le Pen a rendu ce vendredi à Nelson Mandela. Dans un communiqué, la présidente du Front national a salué une «grande voix de l’Afrique qui s’éteint». La leader frontiste a mis en exergue «le patriotisme» de l’ex-chef d’Etat décédé jeudi et «l’amour de son peuple» grâce à qui il «avait réussi à sortir son pays de la guerre civile en le préservant des déchirures».

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Le FN n’a pas toujours été aussi élogieux sur l’ancien président sud-africain. Marine Le Pen s’était d’ailleurs montrée très agacée quand, en juin dernier, France Inter lui avait rappelé les positions de son père. «Jean-Marie Le Pen n’a jamais condamné l’apartheid du temps où celui-ci était appliqué, il avait même dit qu’il n’était "ni ravi ni ému" par la libération de Mandela», avait lancé Patrick Cohen à une Marine Le Pen irritée, évoquant en retour les «relents de bolchevisme de la radio» publique.

«Méfiance à l’égard des terroristes»

Pourtant, dans l’émission d’Antenne 2 «L’heure de vérité»  diffusée en 1990, Jean-Marie Le Pen interrogé sur la libération de Mandela explique bien avoir «toujours eu une espèce de méfiance à l’égard des terroristes, quel que soit le niveau auquel ils se situent».

Toujours en 1990, alors que Nelson Mandela rendait visite au Parlement européen, à Strasbourg, Bruno Gollnish s’étonnait également que l’institution «reçoive officiellement un homme qui refuse jusqu’ici d’abandonner la violence terroriste». Aujourd’hui membre du bureau politique du FN, Bruno Gollnisch ne renie pas cette phrase.

Gollnish contre «l’unanimisme des dithyrambes»

Elle s’explique, raconte-t-il dans un post de blog, par «le refus» opposé en 1985 par Mandela au Premier ministre P.W. Botha qui lui «proposa la libération en échange d’une déclaration par laquelle il rejetterait "de façon inconditionnelle la violence politique"».Dans ce billet republié ce vendredi, Bruno Gollnisch s’oppose à «l’unanimisme des dithyrambes» qui «cache des non-dits». Il évoque le «régime d'incarcération plutôt bienveillant» de Mandela. Mais aussi la «politique d’épuration ethnique (…) de la minorité blanche» qui représente «environ 10% de la population totale contre 20% il y 25 ans», tandis que, durant l’apartheid, «les ethnies noires jouissaient d'un niveau de développement et de prospérité inégalé en Afrique noire».

Autre signe de la grande méfiance du FN pour le Nobel de la Paix, la décision de Catherine Mégret, en 1997, de débaptiser la place Mandela de Vitrolles (Bouches-du-Rhône), où elle venait d’être élue maire. Embarrassée, Marine Le Pen n’avait pu que confirmer ce fait en juin dernier, tout en soulignant que «le maire n’est pas restée longtemps au Front national [le couple Mégret a fait sécession en 1998]». 

En 2002, Jean-Marie Le Pen avait bien essayé de rencontrer Nelson Mandela, qu’il disait «tenir en estime». La tentative échoua. En cause: des «raisons de calendrier», selon Le Monde de l’époque; des pressions exercées alors par le président Chirac, soutiennent aujourd’hui Marine Le Pen et Bruno Gollnish.