François Hollande opéré de la prostate, un non-sujet?

Matthieu Goar

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François Hollande, le 3 décembre 2013.
François Hollande, le 3 décembre 2013. — LCHAM/SIPA

Physiquement, François Hollande se porte comme un charme. Mais tout le monde en parle. Mercredi matin, France Info révèle que l’actuel chef de l’Etat a subi une opération bénigne de la prostate en février… 2011. A l’époque, six mois avant les primaires socialistes, la santé du socialiste intéresse surtout sa famille politique. «Si j'ai un gros rhume demain matin, (….) est-ce que ça fera un événement politique?» ironise, sur RTL, un Jean-Marc Ayrault irrité, qui évoque une «information privée». «La transparence oui, la décence aussi!» tweete François Fillon. «Malveillance voyeuriste du système médiatique», enchaîne Jean-Luc Mélenchon.

Unité nationale derrière cette «tyrannie de la transparence». L’hypertrophie de la prostate touche un tiers des hommes de plus de 50 ans, l’opération s’est bien passée, circulez il n’y a rien à voir... Peut-être, mais l’Elysée publie quand même un communiqué officiel qui confirme une «hospitalisation quelques jours dans un service d'urologie du CHU Cochin». «A la suite de cette intervention, aucun suivi médical n’a été jugé nécessaire», détaille le document, qui précise que deux bulletins de santé ont été publiés en juin 2012 et mars 2013.

Un sujet ponctué de lourds secrets

L’intervention qu’a subie le Président avant son entrée en fonction a beau être presqu’anodine, le sujet est apparemment épineux. «Les Français ont une sensibilité particulière à la fonction présidentielle. Dans notre monarchie républicaine, il y a une surmédiatisation des faits du Président, une hystérisation… La personne se confond avec la fonction, le roi ne peut pas être malade, on attend qu’il soit une sorte de surhomme», analyse Jean Garrigues, professeur d’histoire contemporaine à l’Université d’Orléans. «Et puis nous avons un passé un peu compliqué avec la maladie de nos Présidents.»

Le sujet de la santé des Présidents n’est en effet pas récent et est ponctué de lourds secrets. Georges Pompidou, bouffi, meurt à l’Elysée sans révéler le nom de sa maladie. Valéry Giscard d’Estaing est le premier à promettre la publication de bulletins de santé, ce qu’il ne fera pas. François Mitterrand tient la promesse de son prédécesseur, en omettant bien de préciser qu’il est atteint d’un cancer de la prostate.

Vidéo: «Je ne vais pas mal, mais rassurez-vous, un jour, je ne manquerai pas de mourir», répond en 1965 Charles De Gaulle à un journaliste en conférence de presse.

«Petit accident vasculaire» de Jacques Chirac en 2005, malaise vagal de Nicolas Sarkozy en 2009 (trois semaines après la publication d’un bulletin de santé)… Depuis, les petits pépins de Présidents en fonction se sont multipliés. A chaque fois, les médias se sont enflammés et l’Elysée a communiqué en rafale pour rassurer l’opinion. «Il y a une  volonté de modernisation, de rapprochement avec l’opinion dans la diffusion de ces bulletins de santé. Sauf que cela ne colle pas avec la dimension de la fonction. Le roi meurt mais il ne peut pas être malade, d’où les mensonges qui ont pu aller jusqu’au mensonge d’Etat». Hollande peut payer l’opacité de ces prédécesseurs», conclut Jean Garrigues.