Cécile Duflot-Jean-Vincent Placé, la paire perdante du Congrès EELV?

Matthieu Goar et Maud Pierron

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Cécile Duflot et Pascal Canfin lors de l'ouverture des journées d'été d'EELV à Marseille le jeudi 22 août 2013.
Cécile Duflot et Pascal Canfin lors de l'ouverture des journées d'été d'EELV à Marseille le jeudi 22 août 2013. — F. PENNANT / AFP

Si l’on se fie aux chiffres, tout va plutôt bien pour Cécile Duflot et Jean-Vincent Placé, les grands manoeuvriers d’Europe Ecologie-Les Verts. Avec un score de 38,3 % lors du premier tour, la motion qu’ils soutiennent, «Pour un cap écologiste» , est arrivée largement en tête du premier tour du Congrès. «Presque deux fois plus que la deuxième», se réjouit le député François De Rugy à 48 heures du Congrès à Caen.

Allié avec Duflot, De Rugy, lui aussi favorable à un parti écologiste fermement arrimé à la majorité, exagère. «La motion participative» (LMP), arrivée en deuxième position et qui réunit de nombreuses personnalités de la gauche du parti, a fait un score (20,6%) qui lui permet de peser. Et de menacer le leadership de «la firme» Duflot-Placé dénoncée par Noël Mamère qui a claqué la porte du parti.

Objectif: mettre en minorité

En coulisses, les tentatives d’approche ont commencé. «Ce qui est bien, c’est qu’on a deux semaines entre les deux tours, cela nous permet d’avoir du temps pour discuter», sourit un dirigeant. Et chaque heure est utile à la LMP qui essaye de fédérer. Jeudi, LMP avait déjà mis au point un texte commun avec deux petites motions «Avenir écolo» et «Objectif Terre». Objectif: mettre en minorité Duflot et Placé lors de la réunion des 400 délégués régionaux à partir de vendredi soir. «Le vote a été éclaté. A l’image de ce que pensent les Français de ce gouvernement. Et il est temps que les gens qui sont à la tête de ce parti en tirent les conséquences», explique le député européen Yves Cochet.

L’objectif de la LMP est de fédérer le maximum de monde pour infléchir la stratégie du parti qu’ils veulent plus critiques à l’égard du gouvernement. Dans son texte, la LMP propose à ses parlementaires de ne pas voter le prochain budget, un casus belli pour le gouvernement comme on l’a vu avec Delphine Batho, démissionnée pour quelques critiques sur le projet de finances publiques. Un scénario impensable pour Duflot, ministre en exercice.

Duflot toujours bien en place

Un scénario improbable car Via Ecologica, une motion moyenne, possède dans ses rangs de nombreuses personnalités qui assument la stratégie d’alliance avec la majorité. «Nous l’avons décidé il y a deux ans, il faut que nous l’assumions jusqu’au bout», répète De Rugy qui sait pourtant que la direction des instances va devoir être mieux répartie. «Il  faut que l’on donne des signes de renouvellement. Surtout quand on sort d’une présidentielle où l’on a fait 2% », explique Christophe Rossignol de Via Ecologica, une motion qui demande des adhésions à 20 euros. «Cette logique de renouvellement dirigée vers l’extérieur doit être appliquée à l’intérieur de notre parti. Toutes les instances ne pourront pas être dirigées par la même motion», explique-t-il.

Sauf que Duflot est toujours solidement implantée. Et qu’elle peut miser sur la division de Via Ecologica et jouer avec les nominations des têtes de liste aux européennes. «Duflot a gardé toutes les manettes. Elle va placer une proche à la direction, Emmanuelle Cosse. C’est la première fois qu’une secrétaire nationale est désignée avant. C’est pas banal dans un parti ultra-démocratique, qui revendique de faire de la politique autrement», conclut de son côté Daniel Boy, politologue spécialiste de l’écologie politique.