François Kalfon: «Il faut renoncer à la hausse de la TVA»

Propos recueillis par Alexandre Sulzer

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François Kalfon à Melun le 12 septembre 2013.
François Kalfon à Melun le 12 septembre 2013. — THOMAS SAMSON / AFP

Cofondateur du collectif La Gauche populaire, l’une des sensibilités au sein du PS, François Kalfon fait entendre ses désaccords contre le gouvernement dans la foulée du député Malek Boutih.

Malek Boutih qui exprime sa colère, Anne Hidalgo, la candidate socialiste à la mairie de Paris et Patrick Menucci, récemment investi pour être le candidat des socialistes à Marseille, qui émettent des critiques… L’exaspération des Français a-t-elle atteint le parti socialiste?

Tous les élus de terrain vont à la rencontre des Français, ils savent que la pire des choses est de ne pas répondre aux colères. Je crains qu’il y ait la tentation au sommet de faire le dos rond en attendant une éclaircie. Malheureusement, une telle tactique relève davantage de la méthode Coué que de l’analyse des problèmes et des réponses qui en découlent. Dès cet été, nous [Gauche populaire] avions évoqué le problème majeur du pouvoir d’achat, notamment pour les millions de Français qui sont entrés dans l’impôt. Or, l’exaspération fiscale n’a pas entendue et s’est traduite par le mouvement des bonnets rouges. Ecouter aujourd’hui, c’est par exemple renoncer à la hausse du taux intermédiaire de TVA en réformant le crédit d’impôt compétitivité-emploi. Entendre le pays, c’est dire que plus aucune hausse d’impôt n’est aujourd’hui recevable.

Vous demandez ce maintien du taux de TVA. Comment faire porter le message alors que les parlementaires PS ne relaient pas ce message?

Au lieu de chasser les moutons noirs, il faut que le groupe socialiste à l’Assemblée nationale et le conseil national du PS ouvrent plutôt un débat sur la façon de recoller aux Français sur la question du pouvoir d’achat plutôt que d’accentuer l’actuelle fuite en avant. Ce n’est pas d’un manque d’autorité dont souffre notre système institutionnel mais de trop d’autorité. Il faut une respiration parlementaire et plus de débats au sein de notre parti.

Le gouvernement est donc insensible aux demandes des Français?

Il a fait preuve d’écoute avec le plan d’urgence pour la Bretagne et le report de l’écotaxe. Mais celle-ci est l’arbre qui cache la forêt de l’acceptation de nos politiques. Nous sommes conduits à poser des rustines supplémentaires alors que c’est le système qui craque. Est-il raisonnable de redistribuer 20 milliards d’euros aux entreprises et de demander plus aux salariés?

Faut-il un changement d’équipe au gouvernement?

Le problème central n’est pas celui de l’équipe mais de la politique menée. Les gens ne sont pas en colère contre Jean-Marc Ayrault mais contre une politique qui dégrade le pouvoir d’achat sans donner une vision claire du bout du tunnel. 

Ne craignez-vous pas avec vos critiques de fragiliser encore plus votre camp dans un moment délicat?

Jouer contre son camp, c’est de dire, quand le pays gronde: «circulez, il n’y a rien à voir». On gagne toujours à ouvrir les yeux et à trouver des solutions ensemble.

Vous avez l’air bien remonté…

Il est toujours désagréable de voir potentiellement le pire s’esquisser sous nos yeux sans avoir les moyens de contribuer au meilleur.