Qui pour remplacer Ayrault?

Maud Pierron

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Claude Bartelone, Martine Aubry et Manuel Valls.
Claude Bartelone, Martine Aubry et Manuel Valls. — SIPA

Ça le démangeait depuis plusieurs semaines, lundi, après les sifflets accompagnant le chef de l’Etat lors des célébrations du 11 Novembre, le député socialiste Malek Boutih a appelé à un remaniement profond incluant un changement de Premier ministre. «Le gouvernement semble à la fois être devenu sourd et ne plus être entendu. Le dialogue est rompu. Il faut envoyer un signal d'urgence aux Français afin de rétablir le dialogue. Cette urgence doit se traduire par un remaniement gouvernemental. Oui, il faut remplacer le Premier ministre d'urgence», lâche dans Le Parisien celui qui passe pour un proche d’Arnaud Montebourg. 20 Minutes fait le tour de ceux qui veulent ou peuvent prétendre à Matignon.

Manuel Valls 
Il a pour lui sa popularité, son image positive à gauche comme à droite. Présenté comme le «vice-président» tant son influence est grande au sein du gouvernement, le ministre de l’Intérieur incarne l’autorité, une qualité que les Français peinent à reconnaître à Hollande ou à Ayrault. Ce mardi matin, c’est lui que des Bonnets rouges attendaient au pied de BFM TV où il a réaffirmé sa «loyauté» à l’égard du Premier ministre. Il y a toutefois un écueil: l’ex-député-maire d’Evry (Essonne) «couvre» bien les fonctions régaliennes de l’Etat mais sur le plan social, il n’a pas d’expérience, il n’incarne rien pour les Français. Compliqué dans cette période de crise. Pire, pour l’aile gauche du parti et pour les écologistes, sa nomination pourrait être un casus belli. Mais abattre la carte Valls au bout de 18 mois, ce serait tirer un peu tôt sa dernière cartouche pour François Hollande. Surtout si Manuel Valls s’en sort bien et qu’il devient beaucoup plus populaire que le plus impopulaire des chefs de l’Etat, ce qui destabiliserait les institutions de la Ve République.

Martine Aubry
Tiens tiens, la maire de Lille déjeune ce mardi midi à l'Elysée, révèle Europe 1. La maire de Lille (Nord) est la petite musique qui monte à gauche, jouée notamment par ses partisans, dont François Lamy, le ministre de la Ville. Une réunion des «aubrystes» doit se tenir en décembre, a rapporté Libération la semaine dernière.  Retirée dans sa ville depuis la constitution du gouvernement, lorsqu’elle a été écartée de Matignon, Martine Aubry évite toute prise de position publique sur la politique du gouvernement. Et plus elle se tait, plus sa popularité grimpe, surtout parmi les sympathisants de gauche. Contrairement à Manuel Valls, c’est une personnalité clivante entre la gauche et la droite. Elle porte toujours l’étiquette «mère des 35 heures». Elle «couvre» très bien l’aile gauche du PS et sa nomination serait bien vue à la gauche du PS et chez les écologistes, dont elle était proche lorsqu’elle était à la tête du PS. Enfin, comme le note un proche dans Libération, «ses deux handicaps étaient les 35 heures et son image revêche. Aujourd’hui où tous les Français sont en demande d’autorité, l’un des deux devient un atout.» Reste qu’avec François Hollande, qu’elle ne tient pas en grande estime, elle ferait un couple explosif. Et la maire de Lille semble dans l’immédiat jeter toutes ses forces dans sa réélection à Lille. Un poids-lourd de la majorité municipale à Lille confirme: « Matignon à moyen terme ce n’est pas exclu, mais elle ne donne vraiment pas l’impression d’y travailler. Et à court terme pour les prochains mois elle est complètement mobilisée sur les municipales. Je ne la vois pas accepter de laisser circuler une rumeur sur un départ à Paris alors qu’il y a un risque électoral à Lille. D’ailleurs ses dernières interventions, comme sur le dossier La Redoute, sont très axées sur la métropole lilloise. Elle n’ira pas à Matignon pour bricoler quelque chose en situation d’urgence à quelques mois des municipales, ce n’est pas son genre. »

Claude Bartolone
Il a moins de notoriété que Manuel Valls ou Martine Aubry mais à gauche, il est un fin connaisseur du parti et des élus, un plus en cette période de déprime parlementaire dans la majorité. Au Perchoir depuis juin 2012, il est respecté, autant à gauche qu’à droite. Cet ex-fabiusien, passé au service de Martine Aubry pendant les primaires a surtout été remarqué par quelques prises de position à rebours de celle du chef de l’Etat, qui ont su parler au cœur de la gauche. D’abord, sur le cas Leonarda, il a rappelé les valeurs d’humanisme de la gauche, prenant le contre-pied du gouvernement. Quand François Hollande dit que pour faire reculer le FN, il faut obtenir des résultats économiques, il corrige le chef de l’Etat en lâchant: «Ça ne suffit pas», expliquant qu’il faut mettre le curseur sur la cohésion nationale. En avril dernier, il avait fait monter la température entre Paris et Berlin en réclamant une franche «confrontation» avec l'Allemagne pour obtenir un changement de cap économique en Europe. Il avait aussi mené la fronde contre le projet de loi sur le transparence, critiquant une «démocratie paparrazzi». C’est aussi lui qui a conseillé au chef de l’Etat un «nouveau temps du quinquennat» plus social. Des initiatives qui sont autant de signes d’une campagne menée pour Matignon, dit-on au PS, ce que l’élu du 93 réfute. Or, comme avait coutume de le répéter Martine Aubry, on ne fait pas campagne pour Matignon.