Pas d'armistice à la contestation de Hollande

POLITIQUE Des sifflets, des incidents et 73 interpellations en marge des célébrations autour de l'Arc de Triomphe...

Maud Pierron

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Manifestation au passage de François Hollande lors des cérémonies du 11 novembre, en 2013.
Manifestation au passage de François Hollande lors des cérémonies du 11 novembre, en 2013. — LCHAM / SIPA

Un petit groupe de manifestants qui scandent «Hollande démission», des huées qui accompagnent le chef de l’Etat lorsqu’il dépose une gerbe sur la tombe du soldat inconnu, des sifflets lorsqu’il sort de la mairie d’Oyonnax (Ain), où il a prononcé un hommage aux résistants de 1943... S'il n'est pas le premier président à être régulièrement conspué  lors de ses sorties publiques, aucun chef de l'Etat n’a connu de 11 novembre, instant solennel s’il en est, aussi agité.

Au moins 73 personnes ont été interpellées à Paris. Des militants «liés à l’extrême droite» et au «Printemps français», un mouvement  opposé à la loi sur le mariage pour tous, a assuré Manuel Valls pour qui, en dépit de certains bonnets rouges très visibles qui ont manifesté leur hostilité à Hollande, il n’y avait pas «de Bretons» parmi les fauteurs de trouble. Ces manifestations sont «inacceptables et insupportables», a-t-il tancé.

Un point de vue, une fois n’est pas coutume, partagé par une bonne partie la classe politique. «On ne manifeste pas le jour des commémorations», a commenté Marine Le Pen, tout en notant «la désunion et la souffrance» qui règne en France. Contester Hollande le 11 novembre, «le moment ne s’y prête pas», a jugé Hervé Morin, le président du nouveau centre et ex-ministre de la Défense. A l’UMP, difficile de dire qu’on – Jean-François Copé et François Fillon en tête - se soit bousculé pour soutenir le chef de l’Etat mais Valérie Pécresse,  secrétaire générale du parti, a réagi clairement sur Twitter: «Huées franchement déplacées car en ce jour de mémoire et d'hommage à nos morts, Hollande représente la République».  «Ce qui est touché, ce n’est pas le Président, c’est la République. Ceux qui ont fait ça ont craché sur les valeurs de la République et sur les tombes des millions de morts de la Première guerre mondiale», a tonné le député PS Pascal Terrasse.

«Un digue symbolique qui saute peu à peu»

Hollande plus impopulaire que jamais, un tabou a-t-il sauté ce 11 novembre? Il «ne faut pas surinterpreter», temporise dans un entretien à 20 Minutes l’historien Jean Garrigues qui rappelle que l’extrême droite «a une forte tradition de violence politique». Mais ces huées sont bien «le symptôme d’une tension  et d’une crise profonde de la société française», du «fossé entre l’opinion et ses élites». Et cela accompagne «une trivialisation du président de la République», un mouvement entamé depuis la présidence de Nicolas Sarkozy, assure-t-il. «C’est une digue symbolique qui saute peu à peu. Et c’est d’autant plus ennuyeux que dans la Vème République, toutes les Institutions sont centrées sur la personne du Président, et qu’à partir du moment où il n’est plus respecté, on peut se poser la question de sa capacité à gouverner», explique ce spécialiste d’histoire contemporaine.

Contacté par 20 Minutes, l’Elysée n’a pas souhaité commenter ce 11 novembre gâché pour un chef de l’Etat en quête de «rassemblement». Il faut donc se raccrocher au discours de François Hollande qui, à Oyonnax, n’a cessé de faire le lien entre le passé et l’a situation actuelle, et affirmé que la République ne devait «jamais céder devant les pressions» et ne «rien laisser passer face aux haines, aux intolérances».