Parti socialiste: Raz-de-marée de démissions ou simples contestations locales?

Matthieu Goar

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Le Premier secrétaire du PS, Harlem Désir, dans son bureau le 3 octobre 2013. 
Le Premier secrétaire du PS, Harlem Désir, dans son bureau le 3 octobre 2013.  — Vincent Wartner /20 minutes

A bord du paquebot élyséen balloté par les événements, certains ont déjà préféré mettre les chaloupes à l’eau.  Il y a deux semaines, deux élus franciliens ont annoncé qu’ils quittaient le PS. Lesénateur–maire socialiste Philippe Esnol, maire de l’ancien fief de Michel Rocard, Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), a  annoncé qu’il rejoignait le PRG tout en claquant la porte de son ancien parti d’un tweet ravageur: «Mort aux cons». Quelques heures plus tard, le maire de Fleury-Mérogis, David Derrouet, suppléant du médiatique Malek Boutih à l’Assemblée, rend sa carte du PS. Lui ne quitte pas son parti par la droite mais par la gauche. «Toutes les promesses ont été reniées», déplore-t-il au sujet de la mise au pas de la finance.

Simples cas isolés?

Au sein d’une majorité qui tangue, on s’interroge. S’agit-il de deux énergumènes isolés ou les premiers cas d’un futur raz-de-marée? En 2011, alors que Nicolas Sarkozy s’enfonçait dans les sondages, des centaines de candidats UMP aux élections cantonales avaient gommé le logo UMP de leurs documents de campagne (remplacé par l'Union pour la Loire, Corrèze demain, etc). les socialistes pourraient-ils faire de même? Pour le moment, le parti balaye cette crainte d’un revers de la main. «Il s’agit de contextes locaux. Si ces deux cas avaient été suivis d’une vaguelette de démissions, trois ou quatre secrétaires de section, un premier fédéral… Mais cela n’a pas été le cas», affirme Christophe Borgel, secrétaire national PS aux élections.

Certes, Philippe Esnol ne nie pas qu’il aurait sans doute hésité à quitter le PS si les partisans de Benoît Hamon dans le département lui avaient laissé un peu plus de place dans l’exécutif de la fédération. Mais ce maire d’une ville symbolique pour la gauche entend aussi tirer le signal d‘alarme. «Les municipales ne vont pas être un atterrissage brutal mais un crash. Cette majorité est en plein décalage avec la réalité du terrain. Pour les maires, il est impossible de défendre la réforme des rythmes scolaires, les fin des heures supp‘ défiscalisées qui font perdre 100 à 200 euros à des ouvriers ou une vision de la laïcité qui amène au communautarisme», explique ce proche de Manuel Valls, qui ne sera pas candidat en mars, et qui confie avoir parlé à des élus qui veulent l’imiter.

La tentation du double jeu

Entre l’Assemblée et le terrain sur leur circonscription, certain députés semblent parfois tentés de tenir un double discours et avoir du mal à assumer, notamment les couacs du gouvernement. «Alors que l’on parle d’économie toute la journée, ça la fout mal de devoir évoquer Duflot et Valls», explique un député qui restera au PS. Comme aux autres élections locales, le parti de la rue de Solférino n’obligera évidemment pas les candidats socialistes à afficher le logo PS. «On ne le fait jamais. Les municipales sont les élections les plus locales avec les cantonales, et l’on comprend que certains aient besoin de s’allier à des non-socialistes et donc de se présenter sous l’étiquette Divers gauche», explique Borgel.

Fier de la mobilisation lors des primaires à Marseille, le secrétaire national ne croit pas à une fuite en masse  du navire: «Il ne s’agit pas de nier les difficultés, les interrogations qui traversent la majorité et notamment les élus. Mais ce n’est pas parce que l’on est agacé que l’on quitte un parti.  Et puis, malgré tout, le PS reste encore  le parti qui ramène le plus de voix à gauche.»