Ecotaxe suspendue: Les écologistes au gouvernement, jusqu’à quand?

POLITIQUE Une nouvelle couleuvre avalée et pourtant, la majeure partie des écologistes ont eu des réactions très mesurées...

Maud Pierron

— 

Jean-Marc Ayrault, Jean-Vincent Placé, Cécile Duflot et Pascal Durand, le 26 septembre 2013 à Angers.
Jean-Marc Ayrault, Jean-Vincent Placé, Cécile Duflot et Pascal Durand, le 26 septembre 2013 à Angers. — A. JOCARD / AFP

«Minable», a commenté l’eurodéputé José Bové, «le coup qui tue», a asséné Noël Mamère, qui a quitté EELV fin septembre. Des propos outrés, à la mesure de leur déception après l’annonce ce mardi par Jean-Marc Ayrault de la suspension de l’écotaxe, qui tranchent avec les réactions bien plus mesurées des députés, sénateurs et ministres estampillés EELV qui travaillent quotidiennement avec les socialistes.  Le coprésident du groupe à l’Assemblée nationale, François de Rugy, a juste dit attendre «le calendrier et la méthode» de Matignon. Au palais Bourbon, avec Barbara Pompili, ils ont évité les journalistes longtemps jusqu'à ce que cette dernière lâche ce dont tout le monde se doutait: «On est tous dans le même bateau et il faut qu'on œuvre pour que ça s'arrange pour ce pays.». Jean-Vincent Placé, d’habitude avide de médias, n’a pas dit un mot. Cécile Duflot et Pascal Canfin l’ont joué plus que discrète. Sûrement l’effet du déjeuner qui a réuni autour de Jean-Marc Ayrault tous les chefs de parti et de groupes parlementaires de la majorité, lors duquel le Premier ministre a demandé de «la solidarité et de la responsabilité» à sa majorité.

>> Retrouvez notre live sur les réactions de la journée par ici

A 20 Minutes, Pascal Durand, le n°1 d’EELV, a jugé que ce n’était «pas une bonne décision», qu’il était «révolté» que «l’écologie soit le bouc émissaire» mais il a surtout ciblé la  FNSEA plutôt que le gouvernement. Après avoir avalé tant de couleuvres, jusqu’à quand les écologistes peuvent-ils tenir au gouvernement? «On se pose souvent là question mais là, ça s’accumule rudement. EELV est un parti très collectif, mais peuvent-ils attendre le congrès qui se déroule dans un mois pour en débattre?» s’interroge Daniel Boy, chercheur spécialiste de l’écologie politique. «Ça peut être la goutte d’eau qui fait déborder le vase.»

«Un jeu très étrange qui généralement finit mal»

«Se retirer du gouvernement et de la majorité serait un constat d’échec total et c’est un fusil à un coup», juge Pascal Durand, qui estime toutefois que le débat doit être posé «collectivement» au congrès qui se tient fin novembre.  Sauf qu’au congrès, aucune des motions ne prône un retrait du gouvernement: le débat semble plié d’avance même s’il ne faut jamais sous-estimer la capacité des écologistes au débat. D’autant que Cécile Duflot, qui tient toujours les manettes du parti, penche pour un maintien au gouvernement. «Elle considère qu’elle et Canfin doivent finir leur travail», explique un observateur du monde écologiste qui juge que les écolos «qui ont toujours prôné faire de la politique autrement, la font de plus en plus comme les autres». «Le problème, c’est qu’il n’y a aucun leader qui prône la sortie du gouvernement», explique Daniel Boy. Noël Mamère, qui appelle ses ex-camarades à s’interroger sur leur présence au gouvernement, aurait pu endosser le costume, mais il a préféré quitter le navire fin septembre.

Les autres sont toujours dans le bateau de la majorité, même s’il tangue parfois, à coups de semonces souvent dispensés par Jean-Vincent Placé, compensés toutefois par une solidarité sur le vote des textes cruciaux. «Un jeu très étrange qui généralement finit mal», note Daniel Boy.