Pascal Durand: «Se retirer du gouvernement et de la majorité serait un constat d’échec total»

INTERVIEW Le patron d’Europe Ecologie-Les Verts a répondu aux questions de «20 Minutes» après l’ajournement de l’écotaxe...

Propos recueillis par Maud Pierron

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Le secrétaire national d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV), Pascal Durand, le 29 novembre 2012, à Paris.
Le secrétaire national d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV), Pascal Durand, le 29 novembre 2012, à Paris. — M.MEDINA / AFP

Pascal Durand, n°1 d'Europe Ecologie-Les Verts, réagit pour 20 Minutes à la suspension par la gouvernement Ayrault de l'écotaxe.

Comment accueillez-vous la décision du gouvernement de suspendre l'écotaxe?

Je suis révolté. On instrumentalise encore et toujours la question écologique et du transport, une question qui est dévoyée, détournée, avec une mauvaise foi absolue par la FNSEA. S’il y a des milliers de chômeurs dans le secteur agroalimentaire, ce n’est pas à cause de l’écotaxe, c’est parce que le modèle agricole breton, défendu par la FNSEA, conduit à l’échec. C’est pour ça que la Bretagne en est là. Et regardez ce qui est décidé? L’ajournement de l’écotaxe. Comment voulez-vous ne pas être désemparé? La suspension de l’écotaxe ne sert ni l’intérêt général ni la Bretagne, cela ne sert à rien. Et en même temps, on ne pouvait pas non plus laisser la crise et la violence se développer.

 Vous comprenez donc le gouvernement?

Je suis très en colère contre la FNSEA. Les premiers responsables de cette décision, qui n’est pas une bonne décision, ce sont ceux qui ont instrumentalisé la taxe poids lourds. C’est toujours la même chose, l’écologie est le bouc-émissaire tout trouvé.

Comment s’est passé le déjeuner à Matignon? Le Premier ministre a-t-il eu un mot pour les écologistes?

Non, il ne s’est pas adressé à nous particulièrement. Le Premier ministre a fait une allocution pour nous expliquer sa décision. Il a aussi dit à quel point il avait besoin d’une majorité responsable et solidaire, de notre soutien à tous. On a aussi parlé de nos divergences.

La question de la participation des écologistes au gouvernement se pose à nouveau avec cette nouvelle couleuvre à avaler…

Mais pas plus que les socialistes! Vous pensez que ça leur fait plaisir aux socialistes de voir une gamine interpellée dans le cadre d’une sortie scolaire, sur un parking? Je  me sens en capacité de représenter les valeurs de la gauche et c’est même ma responsabilité de dire que ce ne sont pas mes valeurs. Ce qui me préoccupe, c’est que les électeurs qui ont voté pour nous en 2012 se déplacent en 2014. Aux partielles, pour l’instant, je constate qu’ils ne le font pas.

Noël Mamère vous appelle à vous interroger sur votre place au gouvernement…

Noël Mamère est dans sa propre cohérence (en désaccord avec la ligne d’EELV, il a quitté le parti en septembre). Rester ou partir, j’ai toujours dit que ce débat devait être posé collectivement, de manière construite. Je comprends ceux qui pensent qu’on ne pèse pas assez mais il faut mesurer quelle est notre capacité à agir en dehors de la majorité. Le rapport de force n’est pas favorable à l’écologie aujourd’hui, mais il ne l’était pas plus au moment où on est rentrés au gouvernement, après les 2,3% de la présidentielle. Pendant 18 mois, on a eu en permanence du chaud et du froid, à chaque fois qu’il y avait une bonne nouvelle, il y en avait une mauvaise ensuite. Mais on a obtenu des choses, notamment sur le Budget, avec la contribution climat-énergie, ou avec la TVA réduite sur les travaux d’isolation. C’est du compromis, on est obligés de se battre en permanence. Mais la TVA réduite permettra de créer des emplois, c’est ça le prix.

Donc vous n’êtes pas pour claquer la porte du gouvernement?

Encore une fois, ce doit être une position partagée collectivement. Nous avons bientôt un congrès, je milite pour que les questions politiques soient posées. Il faut sortir des postures et des querelles de personnes. Comment en fonction de l’état de la société actuelle, de nos forces, on fait avancer nos idées et on construit une majorité pour y arriver? C’est la question. Sur la Bretagne, lorsqu’on dit que le modèle économique conduit à l’échec, qu’il faut changer de modèle, nous sommes minoritaires, tout comme de nombreuses associations d’agriculteurs. A nous de construire de nouvelles majorités. Se retirer du gouvernement et de la majorité serait un constat d’échec total et c’est un fusil à un coup. Cela ne permet pas de faire bouger les lignes, de peser sur les réformes, sur le budget. Mais je comprends qu’on dise qu’on n’est pas assez entendus. Le débat doit être réel et construit, cela ne doit pas être un débat dans les médias.