François Hollande, impopulaire et alors?

Matthieu Goar

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François Hollande à Bruxelles, le 24 octobre 2013. 
François Hollande à Bruxelles, le 24 octobre 2013.  — ERIC FEFERBERG / AFP

Imaginons un président punk. La crête sur la tête et le costume déchiré, le locataire de l’Elysée regarderait avec délectation ses courbes de popularité chuter. «2% d’opinions positives… Rien à foutre, ils ne peuvent pas me virer pour ça.» Ce prototype d’un pouvoir imaginaire aurait raison. Car les mauvais sondages ne sont évidemment pas un motif de destitution du chef de l’Etat, très protégé dans notre régime. «Le président de la République ne peut être destitué qu'en cas de manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l'exercice de son mandat», explique l’Article 68 de la Constitution. Folie, alcoolisme, grave maladie sont des motifs suffisants (si notre président-punk insultait la Reine d’Angleterre, la Haute-cour pourrait penser à le destituer). Pas le rejet de l’opinion.

Une peur pas si irrationnelle?

Alors d’où vient cette peur qui envahit l’Elysée et la majorité à chaque sondage où la popularité s’affiche en baisse? Par exemple avec ce sondage BVA pour L’Express et la presse quotidienne régionale dans lequel Hollande sombre à seulement 26% d’opinions positives, record d’impopularité pur un président de la Ve république (si l’on omet les 16% de «confiance» à l’égard de Jacques Chirac, selon Sofres qui ne mesurait pas exactement la même donnée).

Une panique accentuée et répétée à l’infini avec la multiplication des instituts de sondages qui crée un effet grossissant. «Une dizaine d’instituts publient maintenant des baromètres de popularité. Lorsqu’il y a une tendance à la baisse, que vous perdez 5 points, cette chute a lieu chez tous les instituts et à chaque fois, cela fait une dépêche. Il y a une redondance qui donne l’impression que vous perdez 50 points», décrypte Jérôme Sainte-Marie, président de PollingVox et ancien de chez CSA.

Il y a des raisons rationnelles à l’inquiétude de l’Elysée. Car si l’impopularité n’a pas de conséquence institutionnelle, elle a des effets politiques importants. D’abord sur la cohésion de la majorité. «L’impopularité d’un chef crée des doutes et une corrosion des solidarités politiques au pouvoir», estime Jérôme Sainte-Marie. Impossible de les lier directement à l’impopularité de Hollande mais les frondes se multiplient. Depuis septembre, les parlementaires PS n’hésitent plus en off à viser l’Elysée (ou son cabinet). Le Premier secrétaire du PS, Harlem Désir, est lui aussi monté au front pour désavouer la décision de Hollande au sujet de Leonarda, ce qui va coûter son poste à son directeur de cabinet.

Panique avant les élections

L’impopularité de Hollande inquiète d’autant plus les députés que les élections intermédiaires se rapprochent. Sur le terrain, les parlementaires disent ressentir sur le terrain de la défiance à l’égard du locataire de l’Elysée. «Cela décroche fort, surtout au niveau de notre sociologie électorale», détaille un responsable du groupe PS.

Directement liés au président, les parlementaires se sentent entraînés dans la chute de l'exécutif. «Avec le quinquennat, le Premier ministre ne protège plus le président de la République. Le travail législatif dépend de l’action du Président et tout le monde est de fait solidaire. Avec l’impopularité, il y a une crainte de la surabstention des électeurs qui étaient favorables à la majorité», poursuit Jérôme Sainte-Marie. Dans le sondage BVA, seulement 51% de ceux qui avaient voté Hollande au second tour de 2012 ont encore une opinion positive de lui.

Un autre déséquilibre politique menace. Au niveau du gouvernement, l’impopularité du Président est en effet accentuée par la réussite de Manuel Valls (58% d’opinions positives, personnalité politique préférée des Français). «La réussite de Manuel Valls peut signifier que si Ayrault et Hollande s’y prenaient autrement, ils pourraient être populaires. Alors que ce n’est pas aussi simple, puisque Valls n’a pas à assumer la courbe du chômage», analyse Sainte-Marie.

Jusqu’où cela peut-il aller?

Mais la plus grande inquiétude de l’entourage de Hollande est que cette défiance s’accentue à cause d’un effet d’entraînement. «Finalement, l’impopularité crée de l’impopularité. Elle altère les commentaires des journalistes, des gens», décrypte le président de PollingVox. Et en se pourrissant, le contexte peut devenir explosif. Et l’impopularité changer de nature, une donnée mesurée par les sondeurs lorsqu’ils affinent les questions. Une impopularité créée par le dédain étant moins dangereuse qu’une défiance créée par le rejet.