La méthode simple pour faire céder François Hollande

Matthieu Goar

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François Hollande, le 24 octobre 2013 à Bruxelles.
François Hollande, le 24 octobre 2013 à Bruxelles. — M.EULER/AP/SIPA

«Reculade», «manque de cap et d’autorité», crie l’opposition. «Ecoute des Français», «apaisement du pays», soufflent les conseillers de l’ombre de l’Elysée. Si les deux bords de l’échiquier politique ne sont pas d’accord sur l’analyse, les faits sont têtus: depuis son arrivée au pouvoir, François Hollande n’a pas hésité à plier. A tel point que sa majorité doute. «Si ce gouvernement cède (sur l'écotaxe), il ne faudra pas qu'il s'étonne qu'il n'y ait plus d'autorité sur rien», a expliqué le sénateur écologiste de l'Essonne Jean-Vincent Placé sur BFMTV/RMC. Décryptage des renoncements de Hollande.

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Choisir un sujet fiscal

A l’automne 2012, les «pigeons», des créateurs d’entreprises numériques, râlent contre la fiscalité. Quelques semaines plus tard, le gouvernement cède, à la grande colère d’une partie de la gauche. La semaine dernière, des associations d’épargnants relayées par des voix de droite s’élèvent contre la hausse des prélèvements sur le PEL et le PEA, le gouvernement leur donne raison. Bien conscients qu’il y a peut-être un moyen de faire pression, les clubs de foot de Ligue 1 ont d’ores et déjà prévu de faire une grève contre la taxe à 75%.

Et ils ont peut-être raison, car l’Elysée semble très sensible aux protestations sur la fiscalité. Selon le membre d’un cabinet de Bercy, le gouvernement veut surtout éviter de se crisper sur des sujets qui pourraient provoquer une étincelle. «Après tout, parfois tout le monde s’enflamme pour quelque chose qui ne représente que 0,1% du budget de l’Etat», glisse-t-il en rappelant la capacité «d’adaptation» de l’Etat. Une autre façon de dire que le socialisme de Hollande est avant tout un pragmatisme rétif à toute idéologie.

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Fruit de la deuxième gauche et héritier de Jacques Delors, le chef de l’Etat déteste le dogmatisme en matière économique. «Quand on improvise en permanence sur cette thématique, on ne peut pas être juste et on s’expose à des colères», dénonce le président du groupe UDI-UC à l'Assemblée, Jean-Christophe Lagarde, qui estime lui que les textes ne sont pas assez préparés. Quoi qu’il en soit, le président de la République n’est donc pas du genre à s’obstiner sur ces sujets. Quitte à donner l’impression de céder.

Enrôler des personnalités de gauche

A chaque fois que Hollande s’est résigné à changer d’avis, des membres de la majorité ont pesé dans la balance. Lors de l’affaire Leonarda, le Bureau national du PS s’était enflammé. Sur la réforme des rythmes scolaires, des maires PS avaient demandé et obtenu que la réforme soit appliquée en deux années scolaires. Sur l’écotaxe, le rôle et les avis des élus locaux socialistes comme Christian Troadec, maire de Carhaix ou Jean-Jacques Urvoas, député du Finistère, sont loin d’être négligeables.

Même s’il a toujours affirmé qu’il ne serait plus le chef d’un parti, François Hollande est de plus en plus attentif à la cohésion de sa majorité, tiraillée par les tensions créées par l’affaire Leonarda (avec un Manuel Valls populaire mais qui horripile une grande partie de la gauche) ou par les doutes sur son engagement écologique. «J’ai effectivement l’impression que nous sommes un peu plus entendus, notamment sur ce budget», explique le député et porte-parole du groupe PS, Thierry Mandon, qui estime que les socialistes de l’Assemblée ont été entendus sur le PEL, PEA. Par ailleurs, les «barons» socialistes comme François Rebsamen ou Gérard Collomb sont toujours très écoutés à l’Elysée. Ils soufflent  au président qu’ils connaissent les colères du pays, au contraire des députés trop imprégnés des modes du petit milieu «parisien».

Se choisir un symbole et envahir l’espace médiatique

Les Pigeons (#geonpi), les Bonnets rouges… Réflexe de com’ classique, la plupart des mouvements de protestation ont choisi un emblème. Au-delà de cette symbolique, ils ont surtout su conquérir l’espace médiatique. Pas bête lorsque l’on veut remuer François Hollande, un lecteur attentif de la presse. Rétif aux réactions épidermiques de la société et très marqué par le quinquennat d’un Nicolas Sarkozy «brusque», selon lui, Hollande avait promis de «réconcilier» le pays. Le mot «apaisement» est d’ailleurs réactivé depuis ce week-end par le gouvernement pour expliquer les changements d’orientation sur la fiscalité de l’épargne.

Les éruptions de colère tétanisent l’Elysée qui souhaite donc calmer les foules plutôt que d’aller au clash. «Plus un gouvernement recule, plus les gens se disent qu’il faut aller dans la rue. Avec tout ce qu’il se passe en ce moment, finalement les syndicats doivent se dire qu’ils auraient mieux fait d’aller dans la rue au moment des retraites», ironise Lagarde. Riposte des socialistes: «On peut rester droit dans ses bottes comme l’a fait la droite pendant des années et se retrouver avec une dissolution, une législative perdue. On peut décider envers et contre tout et perdre les élections de 2012. Il est temps que l’UMP fasse le bilan», rétorque le porte-parole socialiste Thierry Mandon, qui résume le rôle compliqué de Hollande. «S’il ne bouge pas, on dit qu’il est sourd. S’il bouge, on affirme qu’il veut faire plaisir à tout le monde.»