Le gouvernement face à la «révolte» des Bonnets rouges

Matthieu Goar

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Manifestation contre l'écotaxe le 26 octobre 2013 à Pont-de-Buis en Bretagne.
Manifestation contre l'écotaxe le 26 octobre 2013 à Pont-de-Buis en Bretagne. — FRED TANNEAU / AFP

Le bras de fer se durcit. Et impossible de savoir jusqu’où les adversaires s’affronteront et qui cédera en premier. Ce week-end, la colère des Bretons contre l’écotaxe s’est amplifiée. Autour du portique de Pont-de-Buis sur la RN165, le dernier des trois encore en état de fonctionner dans le Finistère, au moins un millier de manifestants ont affronté les forces de l’ordre. Au final, un protestataire a été grièvement blessé (une main arrachée), 900 tonnes de choux fleurs ont été déversés et la chaussée sera bloquée pendant au moins 48 heures. Au cœur de la mêlée, des agriculteurs, des camionneurs, des entrepreneurs...

«C’est tout un territoire qui se bouge pour sauver sa région. On se sent abandonné par Paris. Mais nous ne voulons pas que tout cela se finisse dans le sang. Je ne comprends pas l’attitude des forces de l’ordre et du gouvernement. Le combat continue», explique à 20 Minutes Thierry Merret, présidents de la Fdsea du Finistère, à l’initiative de la distribution de centaines de bonnets rouges, symbole de la révolte des paysans contre la taxe du papier timbre au 17e siècle [voir ci-dessous]


Ecotaxe : Thierry Merret : "De toutes façons... par Letelegramme

Un combat qui cristallise

Samedi 2 novembre, une nouvelle manifestation «Pour l'emploi et la Bretagne  et contre l'écotaxe» se déroulera à Quimper et les organisateurs promettent déjà le rassemblement de tous les opposants de la région. Au fur et à mesure des semaines, le mouvement semble s’amplifier. Les manifestants sont à la fois plus nombreux et plus divers. «Une véritable union sacrée existe désormais en Bretagne», résume Jacques Jaouen, président de la chambre régionale. La fédération du bâtiment, des marins mais aussi des transporteurs ont déjà annoncé leur participation à la manifestation de samedi prochain.

Ce combat, qui a la faveur de l’opinion [Selon un sondage Ifop paru dans Ouest France, 74% des Bretons se disent opposés à cette taxe], cristallise la grogne des Bretons inquiets par les difficultés de l'agriculture et l'agroalimentaire, piliers de leur économie. Les plans sociaux se multiplient comme chez le volailler Doux ou plus récemment chez Gad SAS où plus de 800 emplois ont été détruits.

Un gouvernement inflexible jusqu’à quand?

Face à cette colère, que les «Bonnets rouges» définissent maintenant par le mot de «révolte », le gouvernement oppose pour l’instant une fin de non-recevoir. Dimanche, les proches de Jean-Marc Ayrault glissaient que Matignon «ne sous-estimait pas le problème». Et ils renvoyaient aux interventions des ministres envoyés dans les studios des médias. «L’écotaxe est prévue pour le 1e janvier», a ainsi réaffirmé dimanche sur Europe 1 le ministre de l'Économie et des Finances, Pierre Moscovici, inflexible.

Inflexible jusqu’à quand? Le gouvernement, inquiet par le retour des attaques sur le «matraquage fiscal» est-il capable de tenir? Le risque de contagion à d’autres régions n’est pas négligeable.  Et ce week-end, Bercy a montré qu’il pouvait tenir compte de la grogne en reculant sur la taxation des PEL et PEA. «Il s’agit d’être à l’écoute des français», glisse un conseiller du ministre du Budget, Bernard Cazeneuve, qui répète le mot «d’apaisement».

Le Bonnet rouge

Les opposants à l'écotaxe se sont choisi un symbole: le bonnet rouge. L’idée a germé au sein du collectif «Vivre, décider et travailler en Bretagne» qui en a distribué des centaines samedi. Il s’agit d’une référence directe à la grande révolte des bonnets rouges qui a soulevé la Basse-Bretagne en 1675. Les paysans s’étaient alors opposés aux seigneurs après une hausse des taxes, dont celle sur le papier timbré. «Colbert avait décidé de taxer le papier timbré. A l’époque déjà, c’est la goutte d’eau qui avait fait déborder le vase et avait plongé la Bretagne dans la misère la transformant en une terre de landes et d’ajoncs», résume Thierry Merret.