Noël Mamère: A EELV, «on gueule pour amuser la galerie»

Propos recueillis par Maud Pierron

— 

Le député écologiste Noël Mamère, le 24 avril 2013 à l'Assemblée nationale.
Le député écologiste Noël Mamère, le 24 avril 2013 à l'Assemblée nationale. — LCHAM/SIPA

Noël Mamère a quitté très médiatiquement le parti d’Europe-Ecologie Les Verts il y a près d’un mois. «Pour un désaccord sur la ligne politique comme sur le mode de gouvernance», rappelle-t-il à 20Minutes. Pour autant, quand il parle de son ex-parti, le député-maire de Bègles dit toujours «on». D’ailleurs, il siège toujours avec les députés EELV à l’Assemblée.

Vous avez quitté EELV il y a presque un mois, comment jugez-vous votre ex-parti désormais?

Je ne me suis jamais senti aussi écologiste qu’aujourd’hui. Je me sens comme un observateur attentif à la vie d’EELV, je suis quelquefois amusé, d’autre fois accablé. J’ai été particulièrement atterré par l’épisode Leonarda. On publie un communiqué pour dire le traitement inhumain réservé à cette jeune fille, puis on dit que c’est une initiative personnelle. Dans la foulée, la ministre du Logement [Cécile Duflot, Ndlr], qui n’a pas cessé de critiquer la politique de Manuel Valls, dit que ce qu’a dit le Président est très bien, pour qu’ensuite le numéro 2 [Jean-Vincent Placé, Ndlr] du parti appelle les lycéens à manifester pour le retour de Leonarda en France…. Où est la cohérence? La synthèse hollandaise peut tuer mais le ridicule, aussi, peut tuer. A force de faire des grands écarts, on risque de se péter les adducteurs…

Vous considérez que le parti n’a plus sa place au gouvernement?

A quoi servent les écologistes au sein du gouvernement, ça devrait être ça la question. Est-ce que l’écologie est au centre des politiques publiques? Réponse: non. Est-ce qu’on a engagé la transition écologique? Réponse non. On est condamné à agir sur les marges.

Mais Pascal Durand, comme d’autres, considèrent que vous êtes plus utiles pour peser au sein du gouvernement…

Peser comment? En termes de grammes? De kilos? De tonnes? Il y a deux stratégies à l’œuvres chez les écolos: celle de la crémaillère, celle de Duflot, qui consiste à dire qu’il faut rester car on peu faire des choses petit à petit. Et une autre, que je porte, qui estime qu’au bout d’un an et demi, on a compris, que notre poids est trop faible. La participation au gouvernement devient négative pour nous, un poids, un handicap.

Pourquoi?

Parce qu’on est en train de se couper avec notre électorat, avec nos compagnons de route. Les électeurs vont finir par se rendre compte du fossé entre nos déclarations et nos actions politiques. Sur le budget, on dit qu’il manque de nombreuses choses, et les députés EELV, à de rares exceptions, le votent, par exemple. Moi je suis allé au bout de la logique: je n’ai pas voté le budget. On devrait se demander pourquoi on vote un budget où on n’a rien obtenu. On ne peut pas fixer la ligne politique en fonction d’un congrès qui arrive bientôt.

On dit pourtant, notamment au sein du PS, qu’EELV est un allié bien encombrant…

Ah bon? Le PS n’a pas besoin des écologistes. Comme allié, on fait plus encombrant. A chaque fois qu’il faut être là, solidaire avec le gouvernement, qu’il faut voter un texte, on est là. On n’est pas très turbulents. Oui, parfois on gueule, mais c’est pour le spectacle, pour amuser la galerie, pour la vitrine. Mais il n’y a personne pour voir que derrière la vitrine, c’est toujours la tambouille politicienne pour arriver à un accord politique.