Jean-Marc Ayrault, pompier en chef

POLITIQUE Le Premier ministre s’est employé depuis le début de la semaine à sauver des flammes sa majorité, dont l’affaire Leonarda n’a laissé que des cendres après l'intervention de François Hollande...

Maud Pierron

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François Hollande et jean-Marc Ayrault le 4 septembre 2013.
François Hollande et jean-Marc Ayrault le 4 septembre 2013. — REVELLI-BEAUMONT/SIPA

Vite, vite, l’exécutif tente de calmer l’incendie qui menace  sa majorité, après l’affaire Leonarda. C’est François Hollande qui a reçu lundi le président de l’Assemblée nationale Claude Bartolone pour le rappeler à l’ordre. C’est ensuite Jean-Marc Ayrault qui s’est employé ce mardi matin à recadrer Harlem Désir, après le petit-déjeuner de la majorité à Matignon. Le patron du PS avait en effet contredit samedi François Hollande sur le cas Leonarda, réclamant également le retour de ses sœurs quand le Président proposait qu’elle revienne «seule».

Le Premier ministre, pompier en chef, s’est aussi invité ce mardi à la réunion du groupe PS à l’Assemblée pour resserrer les boulons à des troupes qui s’en sont donné à cœur joie dans tous les sens depuis l’expulsion de la jeune fille. Objectif: éviter toute nouvelle polémique sur le sujet et une quelconque fronde qui prendrait la forme d’une abstention de certains députés sur le vote du budget, comme cela a été le cas pour 17 d’entre eux la semaine dernière sur les retraites, peut-être encouragés par le vote contre des députés écologistes et des radicaux de gauche.

Harlem Désir sous le feu des critiques

Pour cela, Jean-Marc Ayrault a ciblé les têtes qui dépassent en critiquant les médias. «Vous les journalistes, vous donnez tellement d'importance aux propos minoritaires et dissidents que vous donnez l'impression que ça concerne la majorité des députés PS», a-t-il lâché à la presse à sa sortie.  «L'immense majorité des députés socialistes sont lassés de ces comportements et ne veulent qu'une chose, c'est de faire bloc pour réussir la politique du président de la République», a-t-il ajouté. Aux élus, il a réclamé qu’ils se concentrent  «sur l’essentiel» et non «sur l’émotionnel».

«Ce n’était pas un rappel à l’ordre mais un appel à la responsabilité collective», jure le député PS Jean-Marc Germain. «Jean-Marc Ayrault a appelé à faire bloc autour du gouvernement. Il faut qu’on parle plus des mesures que l’on prend pour redresser le pays et que surtout les Français l’entendent», a-t-il ajouté.

Bruno Le Roux, le patron des députés PS, a annoncé pendant la même réunion un nouveau fonctionnement collectif avec des votes en amont en interne sur les grands textes et plus de coordination avec les cabinets ministériels. Autre nouveauté: les collaborateurs de députés ne seront plus conviés à cette réunion hebdomadaire, pour éviter les fuites ou, selon le porte-parole des députés PS Thierry Mandon, «le bruit de fond». «Il faut du débat,mais une fois la position adoptée, il faut qu’il y ait une solidarité face à la droite», résume un Harlem Désir tout sourire mais plus fragilisé que jamais. Après son sévère recadrage par François Hollande ce week-end, il s’est fait «rabrouer» par une poignée de députés quand Bruno Le Roux l’a invité à prendre la parole en réunion. A Solferino, beaucoup pensent qu’il ne passera pas les européennes à la tête du PS.

Le PS «a connu semaine plus joyeuse»

Une crise au PS ? Des divergences idéologiques graves notamment sur l’immigration? Circulez, le débat est clos, du moins publiquement, reflexe de survie oblige. Même Pascal Cherki, habituellement à la pointe de la fronde contre le gouvernement, pèse ses mots à la sortie de la réunion et parle «rationalité» et «détermination». «Non», la majorité ne tangue pas, la preuve, argue-t-il «tous les textes importants sont votés». Tout juste lâche-t-il dans un euphémisme que le PS «a connu semaine plus joyeuse».

Jusqu'ici tout va bien

Il n’y a guère que Malek Boutih, députés PS de l’Essonne, pour quitter fâché cette réunion, dénonçant «la tentative de serrage des boulons» avec «une attitude de crispation du Premier ministre qui demande de l’ordre dans les rangs». Serrant les dents, il assène ce que bon nombres d’élus PS pensent en off: «Ce n'est pas du groupe socialiste que viennent les problèmes politiques en ce moment», refusant de cibler nommément l’exécutif. «Alors ceux qui donnent des leçons en disant qu'il faut de la solidarité, je sais comment ça finit : le jour où il y a des résultats négatifs, on nous abandonne. Cette fois, on ne nous fera pas le coup. On n'est pas une génération qui va se taire sous prétexte qu'il faudrait attendre la fin du bal.»

Evidemment, la droite ne perd pas une miette des difficultés actuelles de la majorité. A l’Assemblée, Christian Jacob a demandé au Premier ministre de «poser la question de confiance» pour vérifier que «sa majorité, qui explose, le suit toujours». En retour, Jean-Marc Ayrault a assuré qu'il aurait «la confiance» d'une «large majorité de l'Assemblée nationale» sur le vote du Budget. C'est chose faite. Jusqu’ici tout va bien...