UMP et inventaire des années Sarkozy: Un non-événement pour passer à autre chose

Alexandre Sulzer

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Nicolas Sarkozy fait un discours à la Mutualité après avoir perdu l'élection présidentielle face à François Hollande.
Nicolas Sarkozy fait un discours à la Mutualité après avoir perdu l'élection présidentielle face à François Hollande. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Il y a au moins un point sur lequel tout le monde semble d’accord à l’UMP: la convention qui se tient jeudi sur le bilan du quinquennat de Nicolas Sarkozy sera un non-événement. Certains le regrettent, la plupart s’en félicitent mais tous partagent ce constat. Annoncé au courant du mois d’août par le président du parti, Jean-François Copé, le «débat sérieux et objectif» est boudé par de très nombreux ténors. Seuls une demi-douzaine d’anciens ministres ont confirmé leur présence

Pourtant, un inventaire des années Sarkozy était réclamé par de nombreuses personnalités, à commencer par François Fillon, Laurent Wauquiez, Jean-Pierre Raffarin ou encore Valérie Pécresse. Las, la convention a été rebaptisé «L’avenir est entre vos mains» et sera l’occasion, selon le communiqué de présentation, de «rétablir la vérité» sur l’action de la droite au moment où «l’échec de François Hollande est patent». Il sera donc plus question de vanter le bilan que de le critiquer. Tout au plus, la direction de l’UMP reconnaîtra que la droite au pouvoir n’a pas été assez loin, selon elle, sur certains sujets comme les 35 heures ou la réforme des retraites.

L’inventaire tué dans l’œuf

«Il n’y aura pas de “Sarko-bashing”, dès l’origine Copé a tué l’inventaire dans l’œuf», se réjouit-on dans l’entourage du président de l’UMP. Une façon de couper l’herbe sous le pied de François Fillon, qui a fait de la compétition avec Nicolas Sarkozy sa priorité. «Jeudi soir, c’est fini. Ceux qui auront voulu s’exprimer auront pu le faire. A ceux qui souhaiteront formuler des critiques à l’avenir, on pourra leur demander où ils étaient le jour de la convention», soulignent les copéistes. Fermez le banc.

«Vu les demandes de certains, le débat aurait pu partir en vrille. Jean-François Copé a eu le mérite de cadrer le débat», se félicite, tout en euphémisme, Geoffroy Didier, animateur du courant sarkozyste «La Droite forte». Lui-même participera à la convention avec un message: «Halte au masochisme à droite». «L’autoflagellation serait vécue comme du nombrilisme suicidaire auprès des militants», poursuit celui qui voit «un gros intérêt» à cette convention: «Le prochain candidat à la présidentielle ne se traînera plus l’inventaire comme un boulet.»

Aucun tabou, assure Nicolas Sarkozy

Même dans l’entourage direct de Nicolas Sarkozy, on minimise la convention de jeudi, un «non-sujet». «La critique de son bilan, Nicolas Sarkozy la pratique depuis un an. Il n’y a aucun tabou. Vendredi dernier, il a lui-même parlé très librement des 35 heures avec une vingtaine d’entrepreneurs.» La convention de jeudi sera même l’occasion d’«expliquer pourquoi certaines choses n’ont pas été faites». Plus qu’un inventaire, un service après-vente.

«A l’origine, Jean-François Copé avait des arrière-pensées. Organiser le débat permettait de régler ses comptes avec Wauquiez et Sarkozy, analyse un sarkozyste. Mais la moitié de l’intérêt qu’il y trouvait a disparu car, avec l’offensive de Fillon, il s’est rapproché de Sarkozy. Copé lui-même va à cette convention avec des pieds de plomb.»

«Organiser une réunion un jeudi après-midi est la meilleure façon qu’il n’y ait personne», observe le député du Nord Gerald Darmanin, un des rares fillonistes à participer, en principe, à la convention. Lui entend exprimer de vrais regrets quant au bilan de la droite. «La RGPP [révision générale des politiques publiques] chez les flics, c’était une bêtise. L’ouverture à des ministres de gauche également. Et la communication autour du débat sur l’identité nationale a fait croire que la droite nourrissait une aversion vis-à-vis des musulmans.» S’il a des choses à dire, le candidat à la mairie de Tourcoing ne se fait pas d’illusions. «Est-ce vraiment utile de le faire six mois avant les municipales? On aurait dû le faire avant. Là, ça tombe comme un cheveu sur la soupe.»