Nucléaire: Fissure entre écologistes et socialistes

Matthieu Goar

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Le député EELV Denis Baupin, le 6 juin 2012 à Paris.
Le député EELV Denis Baupin, le 6 juin 2012 à Paris. — R. YAGHOBZADEH / SIPA

Nouvelle fissure atomique au sein de la majorité. Dimanche, Le JDD cite une source dans «l’administration». Selon cette dernière, la prolongation de dix ans de la durée de vie des centrales nucléaires est actée, et l'annonce devrait se faire bientôt. Casus belli pour les écologistes, qui montent au front. Rafales de communiqués et regrets éternels. «C'est une grande victoire pour le lobby nucléaire et la preuve que le candidat Hollande n'a jamais cru à ses promesses de réduire de 75 à 50% la part du nucléaire dans la production d'électricité», déclare Noël Mamère.

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Le député de Bègles, qui vient de quitter EELV, dit tout haut ce que de nombreux Verts pensent depuis le début du quinquennat. Une défiance confortée par les positions pro-nucléaire de ministres comme Arnaud Montebourg ou Manuel Valls. A l’Assemblée, le groupe écolo est remonté. «Si l’on se décide à prolonger la durée de vie de tous les réacteurs, cela rentrerait évidemment en contradiction avec les engagements du président de la République», confie à 20 Minutes le député Denis Baupin, qui n’a pas oublié la promesse de campagne de François Hollande.

La guerre politique des lobbyings risque de s’intensifier

Vice-président de l’Assemblée, Baupin n’a pas hésité à demander des éclaircissements au ministre de l’Ecologie, Philippe Martin, lors des questions au gouvernement de mardi. «Ce ne sont pas les commissaires au compte d’EDF qui déterminent la politique énergétique de la France», a répondu Martin, après avoir expliqué qu’il fallait attendre les recommandations de l’ASN de 2015.

Une façon habile de calmer les écologistes. Ces derniers soupçonnent en effet EDF, une entreprise cotée en bourse, de faire fuiter ce genre d’informations pour rassurer les marchés financiers. Selon les écolos, annoncer un prolongement de la durée de vie de dix ou 20 ans des centrales permettrait à l’électricien de laisser penser qu’il amortirait son outil de production sur un plus grand nombre d’années, en négligeant les dépenses liées à cette prolongation. Baupin n’hésite pas à parler d’une «bulle spéculative» qui pourrait intéresser l’Autorité des marchés financiers.

Une chose est sûre: Hollande devra trancher avant la fin de son quinquennat. Et ni les socialistes ni les écologistes ne savent encore sur quelle base ils doivent discuter (prolongation de tous les réacteurs, de certains ou démantèlement). En attendant, la guerre politique des lobbyings risque de s’intensifier.