Primaire PS à Marseille: Samia Ghali, calcul froid, sang chaud

POLITIQUE La maire du 8e secteur est arrivée en tête du premier tour de la primaire socialiste dimanche avec 25,25% des suffrages...

A Marseille, Mickaël Penverne

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Marseille le 14 octobre 2013 - Samia GHALI est arrivée en tête du premier tour des primaires socialistes . Elle répond à la presse depuis sa mairie du 15 et 16 e arrts
Marseille le 14 octobre 2013 - Samia GHALI est arrivée en tête du premier tour des primaires socialistes . Elle répond à la presse depuis sa mairie du 15 et 16 e arrts — P. MAGNIEN / 20 MINUTES

Samia Ghali a fait ses comptes. Avec plus de 5 000 voix au premier tour des primaires, elle sait qu’elle a de bonnes chances pour le second. «J’ai reçu beaucoup d’appels de militants et de têtes de réseau qui ont accompagné Christophe Masse et Eugène Caselli pendant leur campagne, savoure-t-elle. Ils vont me soutenir.» Le trio Mennucci-Carlotti-Jibrayel totalise un peu plus de 8 900 suffrages.

Elevée dans des quartiers difficiles

De son côté, Samia Ghali, si elle récupère les voix de Masse et Caselli, peut en obtenir plus de 11 000. Si le report des voix fonctionne comme elle l’espère, elle deviendra dimanche la candidate socialiste à la mairie de Marseille. «Depuis le début, je suis sans doute la seule à y croire», sourit-elle. «Rien n’est fait encore, temporise son entourage. Mais c’est sûr, cela va se jouer sur pas grand-chose.»

La plus haute marche est proche pour cette fille d’immigrés algériens, élevée à Bassens puis à Campagne Levêque (15e), deux cités parmi les plus difficiles de Marseille. «Je ne suis pas une héritière, répète-t-elle avec un brin de mauvaise foi. Mon nom, je ne le dois qu’à moi-même.»

«Parle-moi autrement ! Ministre ou pas, j’en ai rien à foutre moi»

A 16 ans, elle entre au Parti socialiste. Elle devient conseillère d’arrondissement à 27 ans puis conseillère régionale à 36 ans. Quatre ans plus tard, elle devient la colistière de Jean-Noël Guérini pour les sénatoriales. Avec lui, elle gagne son ticket pour le palais du Luxembourg.

Étiquetée jusque-là élue des quartiers Nord, elle se fait connaître du grand public en 2012 en réclamant l’intervention de l’armée pour lutter contre les trafics de drogue. Réputée pour son franc-parler, Samia Ghali a aussi le sang chaud. «Parle-moi autrement ! Ministre ou pas, j’en ai rien à foutre moi», balance-t-elle à Marylise Lebranchu, ministre de la Décentralisation à la sortie d’une réunion sur la métropole en mai.

«Une campagne à l’américaine, comme Obama»

Aujourd’hui, elle se présente surtout comme une «élue de terrain». «J’ai fait une campagne à l’américaine, comme Obama, explique-t-elle. Je suis allé chercher les gens et personne ne peut m’accuser de clientélisme. Je n’ai rien à donner de toute façon.» Selon le site Mediapart, l’association de son cousin, Omnisports Hermitage Campagne Levêque, a pourtant reçu 960 000 € entre 2004 et 2010 du conseil régional dont Samia Ghali assurait, à l’époque, la vice-présidence.

 «Elle n'a peur de rien»

A la mairie du 8e secteur, ce lundi matin, rien n’a changé en apparence. Comme d’habitude, les habitants se présentent aux guichets de l’administration. C’est calme, la routine. Il faut pousser la porte du cabinet de Samia Ghali pour se rendre compte que quelque chose a changé. La petite équipe qui entoure la gagnante du premier tour s’emploie d’abord à gérer tous les appels. «Il faut s’accrocher, souffle-t-on à un militant au bout du fil. Elle le mérite, c’est une bosseuse.»

L’intéressée est encore enfermée dans son bureau. Entre deux «directs» à la radio, elle met au point sa stratégie pour le second tour. Talons hauts, pantalon noir et veste bleue pétante, elle sort enfin. Les traits sont un peu tirés, mais elle fait le job, poliment. Marie-Arlette Carlotti ? «Elle a perdu, je peux comprendre son amertume.»

Les minibus affrétés pour convoyer les électeurs ? «J’avais demandé si j’avais le droit. On m’a répondu qu’il n’y avait pas de problème.» Sa proximité avec Jean-Noël Guérini ? «Je n’ai jamais été plus proche que cela. Et d’une certaine façon, nous sommes tous des bébés Guérini.» Samia Ghali a le sourire et de l’aplomb. Un habitant du quartier confirme: «Elle n’a peur de rien.»