Cantonale de Brignoles: «Le FN a des réserves de voix chez les abstentionnistes»

Propos recueillis par Alexandre Sulzer

— 

Le candidat du Front National aux élections cantonales à Brignoles, Laurent Lopez, le 13 octobre 2013.
Le candidat du Front National aux élections cantonales à Brignoles, Laurent Lopez, le 13 octobre 2013. — Claude Paris/AP/SIPA

Pour comprendre la portée de la victoire du FN à la cantonale partielle de Brignoles (Var), 20 Minutes a interrogé Pierre Martin, politologue au CNRS, à l’Institut d’Etudes Politiques de Grenoble et chargé de mission à la Fondation nationale des sciences politiques.

L’augmentation de la participation dans l’entre-deux-tours à la cantonale partielle de Brignoles n’a pas empêché la victoire du FN. Quelles conclusions en tirez-vous?

Il faut être prudent dans les analyses tant que l’on n’a pas les résultats détaillés par commune. Toutefois, on peut observer que la victoire du FN est nette mais limitée. Vu l’ampleur de son avance au premier tour, on aurait pu s’attendre à ce que son succès soit plus large, au-delà des 55%. La forte augmentation de la participation combiné au relativement faible pourcentage de votes blancs ou nuls au second tour signifie que l’électorat de gauche s’est fortement mobilisé contre le FN. Le Front républicain a donc fonctionné mais n’a pas été suffisant.

Comment l’expliquer?

Il faut bien voir que ce canton de Brignoles est nettement orienté à droite. Le FN a emporté dès le premier tour le noyau dur de l’électorat conservateur aux dépens de l’UMP. C’est grave pour l’UMP. La dynamique du FN était telle qu’il a également bénéficié de nombreux nouveaux électeurs au second tour, comme on l’avait déjà observé lors des législatives partielles de l’Oise et du Lot-et-Garonne. Le FN a des réserves de voix chez les abstentionnistes [du premier tour] comme les autres partis. D’autant plus que, pour de nombreux électeurs, voter FN ou s’abstenir, c’est une façon de prendre leurs distances avec les grands partis.

Cette cantonale dans un territoire spécifique permet-elle de conclure à une poussée du FN sur l’ensemble de la France?

La poussée du FN, que l’on a observée également dans l’Oise ou dans le Lot-et-Garonne, est réelle. On observe parallèlement une augmentation de la popularité de Marine Le Pen dans différents baromètres. Il existe donc une convergence entre les résultats électoraux partiels sur l’ensemble du territoire et les sondages. Cela aura sans doute un impact lors du premier tour des municipales. A moins que d’ici là interviennent d’autres événements politiques a priori imprévisibles.