Reprise économique: François Hollande et la positive attitude

Matthieu Goar

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LAURENT CIPRIANI / POOL / AFP

La méthode Coué est-elle en train de céder le pas à la réalité?  Le 14 juillet, François Hollande avait lancé «La reprise est là.» «C'est vrai, c'est vrai que la France est en train de sortir de la récession», avait embrayé son ministre de l’économie. Peine perdue, personne ne les avait crus.

Trois mois plus tard, l’Insee confirme l’éclaircie. +0,4 % de croissance au dernier trimestre, un PIB de retour à son niveau de 2008 et  un chômage stabilisé en fin d’année, annoncent les prévisionnistes.

Même si la reprise est microscopique, fragile et soumise à de nombreux aléas (prix du pétrole, le shutdown aux USA, les pays émergents, etc), Moscovici bombe le torse. «Tous les indicateurs sont bien orientés. Sur les trois derniers trimestres, la croissance progresse à un rythme annuel de 1 %. La France fait mieux que la zone euro, mieux que ce qui était prévu avant l'été», a-t-il déclaré au JDD alors que les discussions sur le budget 2014 commencent mardi.

Le choc de confiance

Reste à convaincre les Français. «Une chose me frappe pourtant, c'est la défiance dans laquelle nous vivons», a ainsi constaté  le patron de Bercy. Depuis son arrivée à l’Elysée, Hollande est lui aussi traumatisé par l’état moral du pays. D’où son soucis d’afficher en permanence  un regard positif sur l’avenir. C’était tout le sens de sa promesse d’inverser la courbe du chômage avant la fin de 2013. Une façon d’envoyer des signaux importants au monde économique et peut-être d’enclencher une prophétie autoréalisatrice. « Dans les semaines à venir, il faut continuer à marteler ce discours à l’unisson», glisse un conseiller de Bercy.

Et surtout ne pas se laisser aller à la sinistrose. Fin août, le chef de l’Etat avait été fou de rage lorsque Moscovici avait évoqué le « ras-le-bol fiscal» des Français. Un petit mot et la reprise, légère, pourrait être plombée, selon Hollande qui traverse une période charnière. «Il y a des éléments intéressants. Tout n’est pas noir et nous devons le répéter. Il y a une réelle politique de l’offre, un cadre fiscal très intéressant pour tout ce qui est innovation. Nous sommes dans le mauvais moment mais les efforts vont payer», explique Thierry Mandon, porte-parole des députés socialistes.

Sauf que tous ne partagent pas l’optimisme affiché par l’exécutif. «Je me demande parfois si l’appareil productif de notre pays n’est pas mité. Et si le redémarrage des exportations, le retour de la croissance en Europe allaient en fait avoir moins d’impact sur l’économie réelle que par le passé?», confie un député de l’aile gauche avant de dérouler son petit agenda. «D’ici mars l’année prochaine, on y verra un tout petit peu plus clair. Si ça se confirme et si personne ne nous embête comme les agences de notation, alors on pourra desserrer un peu l’étau sur les Français.»