Baisse du budget de l’Elysée: «François Hollande est plus économe sur les déplacements que Nicolas Sarkozy»

William Molinié

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Le député René Dosière présente son rapport sur le budget de l'Elysée le 16 juin 2009 à  l'Assemblée nationale à Paris.
Le député René Dosière présente son rapport sur le budget de l'Elysée le 16 juin 2009 à l'Assemblée nationale à Paris. — PATRICK KOVARIK / AFP

L’Elysée a annoncé que son train de vie allait baisser de 2% en 2014, pour donner l’exemple en cette période de crise. Le budget doit être ramené à 101,6 millions d’euros l’année prochaine. Et en 2015, en deçà de la barre symbolique des 100 millions. René Dosière, député apparenté socialiste de l’Aisne, auteur en février 2012 de L’argent de l’Etat, un député mène l’enquête, décrypte pour 20 Minutes ces annonces…

L’Elysée fera 2% d’économie en 2014, apprend-on. Faut-il s’en réjouir?

Pour que les choses soient claires… Entre 2013 et 2014, le budget de l’Elysée ne baissera pas. Il augmentera même de 100.000 euros, puisque la Lanterne [ex-résidence du Premier ministre à Versailles, où François Hollande a passé ses vacances cet été] sera intégrée dans le budget de l’Elysée. En revanche, ce qui baissera de 1,8%, c’est la somme que l’Elysée réclamera à l’Etat. Ce chiffre diminuera car l’Elysée aura davantage de recettes propres. A titre d’exemple, la crèche de l’Elysée rapportera 36% de plus. Le but de l’Elysée est de stabiliser son budget à 100 millions d’euros en 2015, alors qu'il était, il y a deux ans, au niveau de 110 voire 112 millions d'euros.

Le président va se séparer du Fort de Brégançon. Cela va-t-il générer d’importantes économies?

Le fort de Brégançon va être désormais géré par le ministère de la Culture. Cela n’aura pas vraiment de grande incidence. L’Elysée va simplement se décharger des frais de fonctionnement. Mais la dépense publique ne va pas baisser. Il se peut en revanche que cela génère des recettes, grâce à des entrées payantes, par exemple.

Hollande est-il plus économe que Sarkozy?

C’est Nicolas Sarkozy lui-même qui avait commencé à faire des économies, en instaurant une gestion à l’Elysée. La présidence a commencé à compter à partir de 2009. Compter, cela veut dire mettre en place une comptabilité avec des procédures, des appels d’offre... On n’y dépense plus comme avant. La nouvelle équipe socialiste accentue ces mécanismes. François Hollande est par exemple plus économe sur les déplacements que ne l’était Nicolas Sarkozy. Quand il peut se passer de l’Airbus présidentiel, il le fait et prend le Falcon, moins cher.

Où peut-il encore trouver des leviers pour faire baisser le budget?

Sur les postes de dépense importante. A savoir,  le coût du personnel. Il a encore une marge de manœuvre pour réduire le nombre et les salaires. Ainsi, il a lui-même baissé son salaire de 30%. Dans son cabinet, il n’autorise pas ses collaborateurs à gagner plus que lui. La rémunération des membres de son cabinet a baissé de 15%, environ. En revanche, les heures supplémentaires se sont développées et le système d’indemnisation a généré des sommes importantes qu’il va devoir réexaminer. Il peut encore faire des économies sur les transports et les déplacements. Ainsi que sur les achats et le fonctionnement grâce aux appels d’offres, ce qui pourra faire jouer la concurrence et baisser les prix.

L’Elysée a vendu une partie de son vin. Cela a-t-il été une source importante de bénéfices?

Si l’Elysée a mis en vente des bouteilles, c’est parce qu’on s’est rendu compte que les plus grands crus n’étaient plus en quantité suffisante pour pouvoir les servir lors des quatre ou cinq importantes réceptions de l’Elysée chaque année. Il ne servait donc à rien de les garder. L’Elysée a donc décidé de valoriser le fonds en les vendant, récupérant ainsi 500.000 euros. La moitié a été reversée à l’Etat, le reste est resté à l’Elysée, entre autre pour réapprovisionner la cave. C’est une bonne mesure de gestion.

Quelle est l’efficacité de ces mesures?

Mises bout à bout, elles génèrent des économies. Mais elles ne sont pas de nature à diminuer l’endettement de la France.

Par rapport à d’autres pays, notre exécutif est-il plus dépensier?

L’Elysée a un train de vie bien supérieur au fonctionnement des executifs de nos voisins, en Allemagne par exemple. Même si le budget de l’Elysée diminue, on est loin d’être à leurs niveaux. Et je ne crois pas qu’on y parvienne un jour. Les traditions ne sont pas les mêmes.