Fabien, le hussard noir du Front national

Alexandre Sulzer

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Paris le 10 octobre 2013. Témoignage anonyme d'un professeur de collège de région parisienne qui vote Front National.
Paris le 10 octobre 2013. Témoignage anonyme d'un professeur de collège de région parisienne qui vote Front National. — A. Gelebart / 20 Minutes

Pour parler de son engagement au sein du collectif Racine, qui regroupe les enseignants frontistes, Fabien est d’une prudence maladive. Non pas qu’il «n’assume pas», assure-t-il mais la peur de voir sa carrière «bloquée». «Si le FN cartonne aux municipales, alors j’oserai m’afficher.» En attendant, ce jeune prof de français dans un collège public d’une banlieue difficile de Paris milite dans l’ombre.  Issu d’un milieu modeste, Fabien a voté Bayrou en 2007, a même tracté pendant quatre ans pour le PS. Mais les «valeurs de justice sociale, c’est le FN qui les défend.»

Il s’en est rendu compte après l’élection de Nicolas Sarkozy. Il faudra quand même attendre juin 2013 pour qu’il prenne sa carte au parti.C’est que le programme du Front lui parle. «Recentrer l’enseignement sur les contenus en éradiquant la partie “pédagogiste”, revoir les sanctions disciplinaires…», égrène-t-il. Face à l’indiscipline des élèves, Fabien évoque une «forme d’abandon des profs de la part de l’institution». Mais «je ne suis pas là pour geindre». Pour lui, le collectif Racine doit «faire évoluer les pratiques dans le monde enseignant avant de faire évoluer les mentalités». Fabien est tracassé par une question lancinante: «Comment diffuser le plus largement possible ces idées et qu’elles fassent réfléchir en salle des profs sans faire de prosélytisme?»

«Vincent Peillon ressasse  le mot “République”, mais ce n’est pas celle que j’envisage»

Car pour l’heure, le jeune enseignant ne se voit absolument pas parler de sa tendance politique. «Si je me rends compte qu’il y a une sensibilité proche de la mienne, une ouverture chez un de mes collègues, je pourrais peut-être discuter avec lui. Mais hors les murs du collège.» Selon lui, c’est un usage que de ne pas parler politique entre profs. «D’autres ont peut-être les mêmes idées que moi, mais c’est silence radio.» «Une majorité sont de sensibilité de gauche», reconnaît-il. Lui, comme eux, se dit attaché à l’école républicaine. «Vincent Peillon ressasse  le mot “République”, mais ce n’est pas celle que j’envisage». Car, constate-t-il, «dans les collèges, il n’y a plus de véritable mixité. Les classes miséreuses, d’origine immigrée, sont rassemblées dans les mêmes établissements.»

A ces élèves, il veut transmettre l’ «esprit de la France» qu’il résume avec ses trois auteurs fétiche: Molière, La Fontaine et Victor Hugo. «Bernanos, Barrès, Drieu La Rochelle ou Céline seraient aussi intéressants à étudier car ils font partie du paysage littéraire. Mais c’est impossible, regrette-t-il. Un inspecteur me tomberait dessus immédiatement. Ils sont si sectaires.»