Manuel Valls, rempart de la gauche contre le Front national?

POLITIQUE Le ministre de l’Intérieur était ce mardi à Forbach, la ville convoitée par Florian Philippot. Mais nie toute «tournée anti-FN»...

Enora Ollivier

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Le ministre de l'Intérieur Manuel Valls, le 8 octobre 2013 lors d'un déplacement à Forbach, en Moselle.
Le ministre de l'Intérieur Manuel Valls, le 8 octobre 2013 lors d'un déplacement à Forbach, en Moselle. — POL EMILE/SIPA

Sa cote de popularité est si élevée qu’elle paraît presque irrévérencieuse à côté de celles de François Hollande et Jean-Marc Ayrault. Quant à son déplacement de ce mardi à Forbach, en Moselle, ville convoitée par le frontiste Florian Philippot, il apparaît comme une volonté d’attaquer frontalement le FN, qui progresse. A six mois des municipales, Manuel Valls semble plus que jamais endosser le costume du cavalier lancé en première ligne pour combattre le FN en s’adressant aux électeurs séduits par le parti de Marine Le Pen.

«Il n'y a aucune croisade de ma part, il n'y a aucune tournée», a pourtant nié l’intéressé lors de sa visite à Forbach, où il a annoncé la création d’une zone sécuritaire de priorité (ZSP) et déclaré vouloir avant tout lutter contre le «sentiment d’abandon». «Je récuse l’idée que nous fassions nos choix en fonction d’un parti», renchérit le député PS de l’Essonne Carlos Da Silva, un proche du ministre de l’Intérieur, qui rappelle que Manuel Valls «est présent sur le terrain depuis 18 mois». 

Il «occupe seul un espace qu’il a bien défriché»

«Nous sommes des républicains, nous souhaitons que le FN reflue», concède-t-il, mais pour cela, il faut lutter contre «le sentiment de déclassement, d’absence de visibilité sur l’avenir qui pousse nos concitoyens à s’éloigner de la politique et à voter à l’extrême». Et pour cela, «c’est l’ensemble du gouvernement» qui doit travailler à «construire l’espoir».

Toujours est-il que «pour l’instant, Manuel Valls occupe seul un espace qu’il a bien défriché», note le politologue Olivier Rouquan, jugeant qu’il a avant tout «un discours de ministre de l’Intérieur», d’inspiration «IIIe République-Georges Clemenceau». Or «Clemenceau, c’est d’abord l’ordre et la défense des libertés, dont la première: celle de jouir de son intégrité physique». Ce qui est, poursuit le chercheur, une «préoccupation importante des classes qui ne sont pas les plus favorisées». 

Il a «raison d’affronter le FN»

Avec sa popularité, «Ayrault et Hollande vont le mettre en scène pour les municipales», présage Olivier Rouquan, parce qu’il y a «peu de monde à gauche» pour parler de ces questions éminemment électorales que sont l’insécurité et la délinquance.

«Arnaud Montebourg travaille aussi pour contrer le FN», lance de son côté Philippe Doucet, député PS du Val-d’Oise et cofondateur de la Gauche populaire. Pour le maire d’Argenteuil,  les ministres de l’Intérieur et du Redressement productif sont complémentaires sur le sujet, le premier parlant «laïcité et sécurité», le second «redressement de la France et emplois industriels», des thèmes qui «parlent aux classes démunies». 

En tout état de cause, Manuel Valls «a raison d’affronter le Front national», estime le député. «C’est un adversaire identifié, il faut aller le chercher», avance-t-il, étant d’avis qu’il est «normal» de «montrer qu’il n’y a pas de zones en France où la République ne peut pas aller».