Etiquette d’extrême droite: L’avocat du FN précise la pensée de Marine Le Pen

Alexandre Sulzer

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Marine Le Pen présente à la presse Wallerand de Saint-Just, le candidat du Front national à la mairie de Paris, le 26 juin 2013.
Marine Le Pen présente à la presse Wallerand de Saint-Just, le candidat du Front national à la mairie de Paris, le 26 juin 2013. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Ne dites plus du FN qu’il est d’extrême droite. Marine Le Pen a menacé mercredi de contester, y compris en justice, l'étiquette d'extrême droite apposée au Front National. Joint par 20 Minutes, Wallerand de Saint-Just, l’avocat du FN, précise les choses. Quitte à dégonfler un peu la menace.

Selon lui, le FN n’attaquera en justice que des textes ou des propos «qui associent le FN à des nazis, à des racistes, à des antisémites ou à des meurtriers». Et l’avocat de prendre comme exemples le militant norvégien Anders Breivik ou le fondateur des Jeunesses nationalistes (et ancien cadre du FN) Alexandre Gabriac. «Si nous allons en justice, c’est pour soumettre des propos bien précis, nous n’allons pas faire n’importe quoi.» Bref, rien de très nouveau pour un parti qui a déjà initié «plusieurs centaines» de procès pour injures ou diffamation. Pour l’heure, le dossier de Wallerand de Saint-Just est bien maigre. Selon lui, un ou deux textes publiés dans des médias généralistes au cours des trois derniers mois (délai de la prescription légale) pourraient faire l’objet, après analyse juridique, d’éventuelles poursuites.

Des droits de réponse plutôt que des procès

Ce qui serait nouveau serait une utilisation plus large «de la technique du droit de réponse» lorsqu’une publication évoque un parti d’extrême droite en parlant du FN. Mais là encore, le droit de réponse demandé ne sera pas systématique. «Ce serait un boulot considérable», reconnaît Wallerand de Saint-Just qui dit même «comprendre que c’est une facilité de langage pour les professionnels de l’info». Les droits de réponse ne devraient donc pas être si nombreux que cela. «Nous le ferons dans des cas symboliques.» Premier usage promis par l’avocat: demander un droit de réponse aux organes de presse qui auront relayé les propos du député socialiste Jean-Christophe Cambadélis qui a appelé jeudi dans un communiqué à écrire sur différents supports que le FN est bel et bien un parti d’extrême droite.

A plus long terme et dans un délai que Wallerand de Saint-Just se garde bien de préciser, le FN pourrait attaquer pour le simple qualificatif d’«extrême droite». «Nous allons amplifier notre protestation médiatique et une fois que notre message sera bien relayé, les personnes qui persisteraient à nous qualifier d’extrême droite seraient de mauvaise foi.» Mais la menace semble bien lointaine.

Sous la présidence de Jean-Marie Le Pen, le FN contestait déjà le terme d’«extrême droite». Mais aucun droit de réponse n’était demandé à ce titre, précise Wallerand de Saint-Just. Ce qui n’empêche pas le FN d’avoir déjà exercé des pressions sur des médias. Ainsi, raconte l’avocat, des «protestations orales» répétées auprès de l’AFP auraient d’ores et déjà payé. Ce que dément strictement l'agence. «Il n'en est rien. L'AFP couvre l'actualité politique de manière rigoureuse et en toute indépendance», rétorque Christophe Vogt, rédacteur en chef France de l'AFP. «Le FN n’a jamais été un mouvement d’extrême droite mais il l’est de moins en moins», résume Wallerand de Saint-Just. Une façon de reconnaître implicitement qu’il s’agit avant tout de dédiaboliser l’image de ce parti… d’extrême droite.