Polémique sur les Roms: L’Elysée broyé par la tectonique des couacs

POLITIQUE Il a fallu huit jours à François Hollande pour recadrer ses ministres. Incompétence ou calcul politique?...

Matthieu Goar

— 

François Hollande à l'Hôtel de Marigny le 30 septembre 2013.
François Hollande à l'Hôtel de Marigny le 30 septembre 2013. — MEUNIER AURELIEN/SIPA

Huit jours que la cour d’école résonne des bastons ministérielles. Mercredi, le prof a finalement sifflé la fin de la récré. Dans le salon feutré de l’Elysée, Hollande a «recadré» les chefs de bande Manuel Valls et Cécile Duflot. Alors que chacun panse ses plaies, chronique d’une semaine où l’Elysée s’est donné le bâton pour se faire battre. 

Quel problème Valls? 

«Une minorité de familles veut s’intégrer en France», «Ils ont des modes de vie extrêmement différents des nôtres»… Mardi 24 septembre, Manuel Valls parle des Roms sur France Inter. Les propos choquent de nombreux membres de la majorité. Pas l’Elysée qui répond par texto: «Pas de commentaire.»

Soit François Hollande ne sent pas monter la grogne dans sa majorité. Soit il approuve les propos de Manuel Valls, ce que laisse penser une information d’Europe 1. «Seule une minorité cherche à s’intégrer », aurait déclaré le président.  Selon des soutiens de Manuel Valls contactés par 20minutes.fr, la sortie du ministre de l’Intérieur est même coordonnée avec l’Elysée qui y voit un bon moyen de ne pas se laisser déborder par ces questions à 5 mois des municipales. Une hypothèse qui prend de l’épaisseur à la lecture du Canard Enchaîné. Selon l’hebdomadaire, Valls se serait invité à l’émission de France Inter quand il a appris qu’elle aurait pour thème les Roms. «Je n’ose y croire. Tout cela est trop puéril pour être prémédité», confie un député socialiste.

Duflot, gâcheuse de séquence

Alors que la majorité couine et que de nombreux socialistes n’ont toujours pas digéré la sortie de Valls, l’Elysée ne voit toujours rien venir. Jeudi 26, la présidence de la République organise un déplacement à Florange et rien ne doit gâcher cette visite compliquée. «Valls est allé au-delà de ce qui met en danger le pacte républicain», peste Cécile Duflot qui en appelle au président de la République.

>> Voir l'intervention de Cécile Duflot en vidéo

Hollande est «fou de rage», selon un proche. Mais il ne réagit pas officiellement. Hors de question de se plier à la volonté de sa ministre du Logement. «Pas de commentaire», répond invariablement l’Elysée. Le président choisit d’envoyer le Premier ministre au front. Présent aux journées parlementaires des Verts, Jean-Marc Ayrault estime que les écolos sont nécessaires à la majorité et renvoie tout ce petit monde à la circulaire sur les Roms signée par les ministres en juillet 2012. Un autre temps. «Un festival de bons sentiments qui ne va rien résoudre», prédit un député.

Le bâton pour se faire battre

Encore béotienne de la tectonique des couacs, l’Elysée espère que les choses se calment d’elles-mêmes. La présidence va se retrouver broyée. Puisque le prof ne dit pas grand-chose, les élèves se lâchent. «La gauche ne renoncera jamais à l'idée d'intégrer progressivement une population», déclare le ministre  Benoît Hamon, devant ses troupes d’ Un Monde d’avance réunies dans les Landes. Profitant de la séquence bordélique, Arnaud Montebourg critique lui le CICE. Des maires soutiennent Manuel Valls qui lui  s'énerve. «Le groupe PS est excédé par le comportement de collégiens des ministres, confie un dirigeant des députés PS qui ne comprend pas les silences de Hollande. Cela crée un climat qui laisse penser que tout est permis. Comment sort-on de ce bazar ? Je ne suis pas sûr qu’une seule parole suffira…»

La presse embraye sur le manque de leadership du chef de l‘Etat.. «Mais où est le patron», titre Le Parisien/Aujourd’hui en France. Libération fait également sa Une sur le sujet.

Mardi, J+7. En ce jour d’ouverture de session ordinaire, la droite n’a plus qu’à dérouler en exploitant la faiblesse du président.  « Les ministres en sont presque venus à s’insulter en public On ne sait pas où est passé le président de la République», tance Christian Jacob salle des Quatre Colonnes.

Le temps de l’action

Huit jours après les faits, l’exécutif se bouge pour circonscrire l’incendie.  Un indiscret de RTL explique que Manuel Valls a fait son mea culpa devant Ayrault. Mais l'AFP explique qu'il a surtout regretté l'exploitation qui a été faite de ses propos. Puis l’Elysée fait fuiter que Hollande va  «recadrer» en Conseil des ministres puis prononcera un discours « fort, sur la laïcité et la république», jeudi lors du 55ème anniversaire de la Constitution de la Vème République. «A l’Elysée comme à Matignon, ils sont tous nuls. Les cabinets, les équipes de communication. Les équipes sont trop jeunes», peste un député.