Roms: «L'intégration des Roms n'est pas facilitée par les expulsions»

Matthieu Goar

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Evacuation d'un camp de Roms à Saint-Fons (Rhône), en France, le 6 septembre 2013.
Evacuation d'un camp de Roms à Saint-Fons (Rhône), en France, le 6 septembre 2013. — Fayolle Pascal/SIPA

Les Roms seraient de plus en plus nombreux.. Ils ne voudraient pas s’intégrer… Paris est menacé de devenir un campement géant… A l’approche des municipales, l’actualité  politique récente a été dominée par les sorties politiques sur les Roms. Olivier Legros, géographe spécialiste de ces questions, répond à ces polémiques. 

Il y a 20.000 Roms en France…

«Mais il n’y a pas de statistiques. Il faut d’abord analyser ce que l’on définit par Rom. Dans le discours politique français, les Roms désignent des personnes qui habitent des bidonvilles aux marches des villes,  qui viennent d’Europe centrale et qui menacent la sécurité des citoyens. Finalement, le Rom est une métaphore, un mot qui décrit des indésirables. Ceux qui se sont intégrés, on n’en parle jamais. A Bordeaux, je me souviens de squatteurs bulgares. On les a d’abord désignés par l’expression  «Roms bulgares». Des Roumains se sont joints à eux. Ils sont devenus simplement les «Roms». Sauf que, depuis le début, il y avait des turcophones avec eux et ceux-là n’ont rien à voir avec les Roms.  Le chiffre parfois avancé de 20.000 personnes est donc très problématique. Surtout qu’il émane de la police et de l’administration qui se servent des données des associations [le nombre de 20.000 a été avancé par le ministère de l’Intérieur].»

Des magzines évoquent un «fléau», une «invasion». Les Roms seraient de plus en plus nombreux en France…

«Il n’y a pas de données qui permettent de dire cela. En tout cas les associations de terrain ne le constatent pas. Il n’y a pas une augmentation disproportionnée des ressortissants bulgares, il n’y a pas d’arrivée massive ou un débarquement comme a pu l’évoquer Le Figaro. Par contre, il y a une multiplication des expulsion de campements [Pour l'année 2012, plus de 11 000 personnes ont été évacuées de leurs lieux de vie. Pour le premier semestre 2013, plus de 10.000 personnes] ce qui pousse ces populations à l’errance et les rend d’autant plus visibles.  Le sujet devient très médiatisé. A Avignon, il y a eu une arrivée importante de Roms parce qu’ils ont été expulsés de grandes villes comme Marseille ou Lyon.»

Les Roms ne voudraient pas s’intégrer…

«Comment savoir, on ne parle jamais de ceux qui se sont intégrés? Il y en a peut-être dans votre bureau, dans votre entreprise mais ils n’éprouvent peut-être pas le besoin de le dire tous les jours. Comme vous, vous ne parlez peut-être pas de vos origines parisiennes ou limousines. Mais au sujet de l’intégration, les politiques ne facilitent pas ce qu’ils dénoncent. Notamment au niveau du droit européen. Les ressortissants bulgares et roumains ont peut-être un droit de libre circulation au sein de l’Union européenne mais l’accès au marché du travail leur est rendu difficile à cause de l’autorisation préalable, une sorte de permis de travail, qui demande des démarches longues et coûteuses à l’employeur [cette mesure transitoire est définie par les traités d’adhésion, les Etats essayant de protéger leur marché de l’emploi, le 1er janvier 2014 cette mesure sera abrogée pour la Roumanie et la Bulgarie].

Ensuite l’intégration n’est pas facilitée par les expulsions permises par la clause de limitation des «abus  au droit de libre circulation». Et les évacuations de campements sont catastrophiques d’u point de vue social, elles brisent des dynamiques scolaires. Les politiques stigmatisent des personnes et en font les parfaits boucs-émissaires de leurs propres carences. Imaginez si ont avait remplacé dans la phrase de Valls le mot «Roms» par «Musulmans» ou «Juifs». Cela aurait créé un scandale et cela aurait été normal.»

Ces populations seraient criminogènes…

«La pauvreté est criminogène. La marginalité accrue de ces populations les pousse aussi vers des activités illégales. Les pouvoirs  publics sont largement à l’origine des conséquences qu’ils dénoncent par ailleurs.  Si l’on avait agi différemment il y a 5 ans, nous n’en serions pas là.»