Manuel Valls trouble le PS en estimant qu'une majorité de Roms ne veut pas s'intégrer

POLITIQUE Des associations mais aussi des élus socialistes ont critiqué les propos du ministre de l’Intérieur, qui a déclaré que les Roms «ont des modes de vie extrêmement différents des nôtres»...

20 Minutes avec AFP
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Le ministre de l'Intérieur Manuel Valls, le 17 septembre 2013 à Nice.
Le ministre de l'Intérieur Manuel Valls, le 17 septembre 2013 à Nice. — BEBERT BRUNO/SIPA

«C'est illusoire de penser qu'on règlera le problème des populations roms à travers uniquement l'insertion». Manuel Valls a semé le désarroi dans son propre camp ce mardi en niant la volonté d'intégration d'une majorité de Roms, dossier qui ne cesse d'enfler à l'approche des élections municipales. «Les solutions d'intégration» ne peuvent «concerner que quelques familles» et, a déclaré le ministre de l'Intérieur sur France Inter, il n'y a «pas d'autre solution» que le démantèlement des campements et les reconduites à la frontière des individus.

Il a «franchi la ligne rouge de l’acceptable»

Cette ligne est conforme à la politique prônée depuis des mois par le ministre qui avait déjà déclaré en mars : «Les Roms ont vocation à rester en Roumanie ou à y retourner.» Mais alors que les maires se disent de plus en plus démunis sur cette question, Manuel Valls est cette fois allé plus loin. A la question de savoir si seulement une minorité de Roms voulait s'intégrer en France, il a répondu : «Oui, il faut dire la vérité aux Français : ces populations ont des modes de vie extrêmement différents des nôtres et qui sont évidemment en confrontation» avec les populations locales.

Ses propos lui ont immédiatement valu une volé de bois vert de la part des associations de défense des étrangers, qui l'accusent d'avoir «franchi la ligne rouge de l'acceptable» (SOS Racisme) ou de participer à «une exclusion des Roms de la sphère républicaine» (EGAM).

La maire de Lille, Martine Aubry a aussi tenu à marquer sa différence avec Manuel Valls en appellant mardi en marge du 74e congrès de l'Union sociale pour l'habitat (USH) à «une solidarité nationale pour accueillir les 20 000 Roms qui sont sur notre territoire» tant que «la situation n'est pas réglée en Roumanie et en Bulgarie». «La responsabilité de l'état, ce n'est pas de vider des terrains pour les laisser dans la rue» a-t-elle déclaré. «Ce qui n'est pas acceptable, c'est qu'entre la Seine-Saint-Denis, Lyon et Lille, nous en ayons 90%. ​C'est  au gouvernement de trouver des solutions de repli. Il y a des terrains  partout qui permettent des aménagements et qui permettent d'insérer ceux  qui respectent nos règles. Quand ce n'est pas le cas, alors oui, je  suis pour le retour au pays».

«Coups de menton à travers le micro»

Quant au PCF, il a évoqué des propos «xénophobes» et appelé la gauche à «cesser de se placer sur le terrain de la droite où la bêtise le dispute souvent à l'ignorance».

Les critiques se sont aussi fait entendre dans les rangs du parti socialiste. «Ce qui m'agace et me fatigue, c'est qu'on a bien sûr des difficultés sur une minorité, mais à l'approche des municipales, on a d'autres sujets à traiter», a ainsi réagi le député Pouria Amirshahi sur France Inter. «Les coups de menton à travers le micro, ça ne fait pas avancer le débat» a-t-il poursuivi, en dénonçant une «obsession» sur les Roms.

Pour le sénateur PS Jean-Yves Leconte, les déclarations de Manuel Valls traduisent «une méconnaissance complète» du mode de vie des Roms qui «sont sédentaires quand ils le peuvent et demandent à scolariser leurs enfants».

«Pas de populations qui sont prédéterminées à s'intégrer»

Tout en donnant «raison au ministre de s'inquiéter de l'exaspération de nombreux citoyens», le député Razzi Hammadi a précisé qu'il n'aurait «pas employé les mêmes mots : il n'y a pas de populations qui sont prédéterminées à s'intégrer».

Toutefois, Manuel Valls a reçu le soutien indirect d'un poids-lourd de la majorité, le maire de Paris Bertrand Delanoë, qui a revendiqué le démantèlement de 18 campements dans la capitale depuis le début de l'année.

«Je n'accepte pas le désordre sur la voie publique, c'est-à-dire que nous évacuons», a-t-il déclaré alors que la question Rom vient de faire l'objet d'une passe d'armes entre les candidates à sa succession. Pour lui, «la gauche gère le problème sérieusement, alors que la droite l'exploite».