La politique fait-elle grossir?

SOCIETE Des régimes miracle aux dîners sous les ors de la République, les hommes et femmes politiques ont parfois du mal à garder la ligne...

Audrey Chauvet

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François Hollande en 2008, 2011 et 2013.
François Hollande en 2008, 2011 et 2013. — PIERRE ANDRIEU-AFP / MARTIN BUREAU-AFP / Michel Euler-AP-SIPA

Affûté comme un fauve pour partir au combat, François Hollande est arrivé à l’Elysée avec une silhouette irréprochable. Loin des années bedonnantes, le nouveau chef de l’Etat affichait une minceur qui n’avait presque rien à envier à celle de son prédécesseur. Mais rapidement, comme nombre de personnes ayant perdu très rapidement du poids, le Président s’est un peu remplumé. La faute au stress, aux réceptions, aux déjeuners et dîners de travail?

Le pouvoir empâte

«Politique et diététique sont très difficiles à conjuguer», reconnaît Roselyne Bachelot, qui a perdu quelques rondeurs fin 2011. «La vie politique est très prenante et on rentabilise les repas pour en faire des moments de travail. Au lieu de prendre un jus de fruits avec une tranche de pain complet, on va inviter autour de viennoiseries, confitures… Ensuite vient un déjeuner de travail au restaurant, puis les apéritifs, les cocktails… Un homme politique peut faire facilement 7 à 8 repas dans la journée», avoue-t-elle. Résultat, le pouvoir empâte. «Quand on est ministre, on a d’excellents cuisiniers qui veulent nous gâter», poursuit l’ex-ministre. Il faut alors leur demander expressément de cuisiner léger ou savoir se restreindre, à l’image de ce membre du gouvernement qui, lors d’un récent déjeuner avec la presse, a poliment décliné l’appétissante part de tarte servie au dessert.

La politique peut aussi faire grossir l’entourage des politiques. Ainsi, l’assistant d’une députée européenne soucieuse de son poids confie être celui qui finit tous les verres et croque toutes les gourmandises qu’il ne serait pas de bon ton de refuser. «Je me souviens d’un Salon de l’agriculture où je l’ai suivie pendant 12h, j’en suis sorti complètement bourré», avoue-t-il. 

«Des buffets à base d’huîtres ou de sashimis»

En général, les  périodes de campagne électorale sont plutôt synonymes de perte de poids pour les politiques: pas le temps de manger, euphorie et envie de vaincre les mènent presque naturellement à la minceur. Quand ce n’est pas le cas, on peut toujours organiser des buffets «à base d’huîtres ou de sashimis», raconte l’assistant de l’eurodéputée adepte des protéines et de l’eau claire. Mais après la bataille, le repos du guerrier peut être fatal à la ligne. «La politique fait surtout grossir ceux qui sont à des niveaux de responsabilité importants et subissent donc un stress très fort, reconnaît le Dr Pierre Dukan, dont la méthode a fait fondre plusieurs personnalités politiques. Cela a joué pour François Hollande», estime-t-il.

Roselyne Bachelot, elle, ne croît pas une seconde au régime Dukan, qui oblige à éliminer certains aliments pour privilégier les protéines maigres: «Dans la politique, on ne peut pas faire ce genre de régime et les gens que j’ai vu le faire ont tous regrossi. Mon régime? C’est le BLM: bouffe la moitié!» En laisser dans l’assiette, demander des parts plus petites, préférer de l’eau à du vin: des choses mieux admises de la part d’une femme que d’un homme, reconnaît Roselyne Bachelot, qui se souvient du temps où un élu refusant un verre de vin mettait sérieusement son siège en péril. 

Du temps pour transpirer

Aujourd’hui, mieux vaut renvoyer une image dynamique, jeune et pleine de santé pour séduire l’électorat. Pour certains politiques, le sport est une priorité sur l’agenda. «Ils sont obligés d’avoir une bonne hygiène de vie pour tenir la cadence, réguler leur humeur et relâcher la pression», témoigne Julie Ferrez, coach forme et bien-être qui faisait courir Nicolas Sarkozy pendant son quinquennat. Le manque de temps n’est pas une excuse: «Nicolas Sarkozy ne s’éternisait jamais dans ses déjeuners par exemple et nous arrivions à caler 3 heures de sport par semaine». «Il y a une salle de sport à l’Assemblée nationale», rappelle Roselyne Bachelot à ses ex-collègues. Reste à se motiver pour la fréquenter aussi souvent que la cantine.