Trop d'impôts? La gauche s’interroge

M.P.

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Laurent Fabius et Pierre Moscovici le 15 mai à Bruxelles.
Laurent Fabius et Pierre Moscovici le 15 mai à Bruxelles. — B. LANGLOIS /AFP

Serait-ce une prise de conscience tardive? De plus en plus de voix s’élèvent dans la majorité pour mettre en garde sur une trop grande pression fiscale qui pourrait plomber le pouvoir d’achat et donc enrayer les premiers signaux d’une timide reprise.

Electron libre de la gauche, Julien Dray a évoqué ce jeudi dans l’Opinion «un point limite» de l’impôt et la «nécessité d’aider ceux qui prennent des risques». Comme le quotidien de droite lui demande si la gauche est allée trop loin en matière d'imposition, l'ancien député et ex-porte-parole du PS répond: «l'impôt fait partie du pacte républicain. Il faut donc le défendre. On a besoin d’impôt pour bien faire fonctionner notre pays, notamment ses services publics. Mais en même temps, il y a un point limite lorsque le système fiscal donne le sentiment que ceux qui travaillent et investissent ne le font plus que pour payer des impôts», nuance-t-il.

«C'est d'ailleurs pour cela que la question la plus importante aujourd'hui est de redonner de la confiance, de la volonté, d'aider ceux qui prennent des risques et investissent, de pousser la consommation. Et de ne plus être le pays qui a un des plus gros bas de laine de toute l'Europe», suggère Julien Dray.

Et le numéro 2 du gouvernement, Laurent Fabius, a également jugé qu'«Il faut faire attention parce qu'il y a un niveau au-delà duquel on ne doit pas monter, ce sont de vieilles idées chez moi». Et l'ex-ministre de l'Economie: «Il faut être très très prudent, oui oui, vraiment très prudent, parce que sinon ça se retourne. Je ne dis pas du tout que ce soit facile, mais il faut faire très attention à ça, et puisque il y a eu un regain de croissance au deuxième trimestre, qu'on n'attendait pas mais qui est là et qui est très positif, essayons de continuer ce mouvement-là».

Attention «au ras-le-bol fiscal»

Ces propos interviennent après ceux de Pierre Moscovici qui, interrogé mardi sur France Inter, s’est dit «sensible à ce ras-le-bol fiscal qu’[il] ressent de la part de nos concitoyens».

«Les prélèvements obligatoires ont crû de manière extrêmement forte pendant les cinq années où Nicolas Sarkozy était président (et) nous avons nous-mêmes dû faire un ajustement important en 2013», a-t-il développé. «En 2014, nous décélérons et en 2015, ce sera la stabilité des prélèvements obligatoires», a-t-il promis.

Mais c’est surtout Thierry Mandon, porte-parole du PS et député de l’Essonne, qui a jeté un pavé dans la mare lundi en expliquant que la suppression du système de défiscalisation des heures supplémentaires était peut-être «une erreur». Si pour lui la gauche devait faire cette réforme, les «effets pervers» sur les salariés modestes n’ont pas assez été pris en compte, a-t-il jugé. «Peut-être qu'on a été trop rapide et global sur cette mesure», a jugé ce député proche d’Arnaud Montebourg, s’appuyant sur des «remontées de terrain».

Ces prises de paroles interviennent alors que le gouvernement étudie des pistes de financement de la réforme des retraites et qu’une hausse de la CSG semble inévitable, comme l’a déjà dit Marisol Touraine. Le débat, sensible à gauche, pourrait arriver sur la table à la rentrée, en amont de la préparation du prochain projet de loi de Finances pour 2014, pour lequel le gouvernement va devoir toutefois trouver de nouvelles rentrées d’argent.