Manuel Valls, «le ministre du désordre» qui agace les écologistes et la gauche du PS

POLITIQUE Les critiques se multiplient sur les dernières sorties du ministre de l'Intérieur...

Maud Pierron

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Manuel Valls en déplacement à Paris le 2 août 2013.
Manuel Valls en déplacement à Paris le 2 août 2013. — B. LANGLOIS /AFP

La rentrée politique est bien lancée et comme l’on pouvait s’y attendre vu le déroulement de l’été, elle tourne autour de Manuel Valls. Il faut dire qu’avec ses déclarations sur la politique migratoire et la place de l’islam dans la démocratie lors du séminaire de rentrée de la France en 2025, le ministre de l’Intérieur avait jeté un froid chez plusieurs de ses collègues. Si plusieurs membres du gouvernement, Michel Sapin et Stéphane Le Foll en tête, ont tenté de minimiser la polémique mardi, certains n’ont pas voulu laisser passer ces propos.

Dans un long entretien à Libération, Cécile Duflot dit tout le mal qu’elle pense des récentes prises de position de son collègue. La question du regroupement familial «ne se pose même pas: le droit à vivre en famille ne souffre pas d'exception. Il est garanti par l'article 8 de la convention européenne des droits de l'Homme», assène-t-elle quand Valls assurait la veille que la question pouvait «être posée». Sur la réforme pénale, elle a de nouveau pris le contre-pied de son collègue. «C'est une question d'efficacité: ce n'est pas en bourrant les prisons qu'on améliore la sécurité», dit-elle, ajoutant qu’en la matière, «il n’y a qu’une seule ligne de gauche. Elle est très bien portée par Christiane Taubira».

Le «ministre du désordre»

Son collègue écologiste chargé du Développement est même allé plus loin. «Pour quelqu'un qui veut incarner l'ordre, c'est lui qui déclenche le désordre», lâche-t-il dans un entretien ce mercredi au JDD.fr.  Le ministre va même plus loin, déclarant: «Sincèrement, je ne vois pas comment, si Manuel Valls était Premier ministre, nous pourrions participer au gouvernement».

Sur la même ligne, Jean-Vincent Placé a jugé sur RMC que «c’est une drôle de rentrée». «Cet été, les déplacements sur le terrain étaient extrêmement intéressants, le séminaire 2025 aussi. Là, patatras, c’est à celui qui sera le plus médiatique. Manuel Valls a mis beaucoup de désordre depuis dix jours», a-t-il développé. 

Il «ne rend pas service à la gauche»

Mais il n’y a pas que chez les écologistes que les sorties médiatiques du chouchou des sondages agacent. «Manuel Valls ne rend pas service à la gauche en mettant au centre de la rentrée les questions de l’immigration, du voile à l’université ou de la compatibilité de l’islam avec la démocratie. Et je ne parle même pas de sa volonté de faire désavouer la garde des Sceaux», balance Razzy Hammadi dans un entretien ce mercredi au Figaro.

Beaucoup moins tranchant mais néanmoins ferme sur le fond, Harlem Désir a jugé sur RTL qu’«en ce qui concerne l'immigration, il n'y a pas de remise en cause du regroupement familial qui soit à l'ordre du jour, ce n'est pas un sujet». Et d’insister: «La gauche ne va pas remettre en cause le regroupement familial».

Manuel Valls ne s’attendait peut-être pas à un tel tir de barrage. Il renvoie le ministre préféré des Français à une époque pas si lointaine où il était totalement isolé au PS et à gauche. Après une période estivale où il a dominé l’actualité politique par ses déplacements incessants, Manuel Valls est peut-être en train de payer son activisme qui a agacé au sein du gouvernement. Mardi, il avait annoncé en premier qu’il se déplacerait dans la journée à Marseille pour annoncer des renforts policiers après un énième règlement de comptes. Mais Jean-Marc Ayrault a repris autoritairement le dossier en main, annonçant son déplacement dans la ville, accompagné de cinq ministres. Et c’est lui qui finalement a annoncé les renforts policiers, Manuel Valls se tenant coi à ses côtés.

Amende honorable

Mercredi après-midi, le ministre de l'Intérieur a fait amende honorable, lors de son déplacement à Aurillac. «Le débat doit être apaisé, il ne s'agit pas de remettre en cause le regroupement familial, on déforme mes propos», a dit à la presse le ministre à son arrivée. «Je sais que je gêne à droite et parfois à gauche», a-t-il également dit, sans rien lâcher.

Manuel Valls n'avait de toute façon pas le choix, François Hollande lui même a estimé qu'il n'y avait pas de débat sur le sujet du regroupement politique.