Rien ne va plus entre Christiane Taubira et Manuel Valls sur la réforme de la procédure pénale

POLITIQUE Les deux ministres attendent l'arbitrage de l'Elysée qui tergiverse…

Matthieu Goar
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 Manuel Valls et Christiane Taubira ont dressé un premier bilan des ZSP à Lyon le 13 mai 2013
 Manuel Valls et Christiane Taubira ont dressé un premier bilan des ZSP à Lyon le 13 mai 2013 — PHILIPPE MERLE / AFP

L’été n’est pas calme au sein du gouvernement. Déjà beaucoup sollicités par le président de la République qui aspire à les voir sur le terrain, certains ministres seraient très remontés. Ainsi Christiane Taubira et Manuel Valls n’arrivent pas à se mettre d’accord sur la réforme de la procédure pénale. Un contentieux politique aggravé par des lettres envoyées par les deux ministres à l’Elysée et par l’affaire de la libération de trois prisonniers. Le Monde qui s’est procuré les missives relate l’atmosphère délétère entre les deux ministres.

Depuis quelques semaines, les relations entre le ministre de l'Intérieur et la Garde des sceaux sont extrêmement tendues. La source de ce désaccord vient du projet de réforme pénale. Manuel Valls a reçu le projet de loi le 12 juillet. Quatre réunions interministérielles entre le 19 et le 25 lui ont fait comprendre qu'aucun accord n'était possible. Il a alors écrit à l’Elysée. 

«J'attire votre attention sur les désaccords mis en lumière par le travail interministériel qui s'est engagé récemment autour du projet de réforme pénale présenté par le ministère de la justice», a écrit Manuel Valls, le 25 juillet, au président de la République, selon Le Monde. «La quasi-totalité des dispositions de ce texte a fait l'objet de discussions, voire d'oppositions du ministère de l'intérieur. (…) Je souhaite à ce stade que nous définissions collectivement les principes directeurs de cette réforme», poursuit Valls qui demande visiblement à François Hollande d’arbitrer.

«François Hollande ne semble pas pressé»

Un courrier qui a visiblement rendu folle de rage Taubira. «Je ne peux que m'étonner qu'un tel document ne m'ait pas été communiqué, s'offusque-t-elle selon Le Monde. D'autant qu'il comporte des propositions de réforme du droit de la peine, domaine qui ne ressort d'aucune façon aux compétences du ministre de l'intérieur.»

Selon le quotidien, la ministre a téléphoné à Manuel Valls le 29 juillet et il ne lui en a pas soufflé mot. Puis elle l'a rencontré deux jours plus tard, le 31, au comité interministériel de la coopération internationale et du développement, avant d'aller boire un verre le soir à Matignon. A aucun moment, «le ministre de l'Intérieur n'a saisi ces deux occasions pour [l']informer de la teneur de cette lettre».

Les tensions ne vont pas faciliter l’avancée de ce texte qui  a déjà pris beaucoup de retard. Le projet de loi devait en effet être présenté début juillet en conseil des ministres et a été repoussé sine die. «Manuel Valls y est résolument hostile, Jean-Marc Ayrault hésite et François Hollande ne semble pas pressé d'ouvrir un front politiquement risqué à la veille des élections municipales de 2014», résume Le Monde.