François Hollande, de la présidence normale à la présidence sarkozyste?

POLITIQUE Le Président a une stratégie de communication estivale qui rappelle celle de son prédécesseur...

Matthieu Goar

— 

François Hollande lors d'un déplacement à la Roche-sur-Yon (Vendée), le 6 août 2013.
François Hollande lors d'un déplacement à la Roche-sur-Yon (Vendée), le 6 août 2013. — FRANK PERRY / AFP

Twister 2, le retour de la tornade politique. Après le tourbillonnant Nicolas Sarkozy, toujours entre deux hélicoptères, François Hollande est à son tour lancé dans une course folle à travers la France estivale. Arles, Clichy-sous-Bois, Dordogne, Gers, la Roche-sur-Yon, Marly-le-Roi jeudi… Le tout en moins de dix jours. Plus infatigable qu’un Christopher Froome au Mont Ventoux, le président enflamme le pays assoupi.

>> Voir les images du frénétique Manuel Valls

Pourquoi s’étonner? Depuis des semaines, l’exécutif martèle que tout le monde sera sur le pont. En première ligne, le capitaine assumera la crise, chuchote-t-on. «Il n’y a rien d’inattendu. La moitié des Français ne partent pas en vacances et le président pense à eux», explique le porte-parole des députés PS, Thierry Mandon.

Peut-être. Mais à force d’activisme médiatique, François Hollande, l’ancien candidat qui répétait que devenu président il «ne s'occuperait pas de tout», fait de plus en plus penser à Nicolas Sarkozy, accusé à l’époque de «bougisme» par le PS. «Il y a effectivement une forme de singerie de Nicolas Sarkozy. Sauf qu’il le fait totalement à contretemps, en plein mois d’août, comme un mauvais élève qui tente les rattrapages. Mais les Français comme les ouvriers de Mittal avaient besoin de lui avant», raille Valérie Debord, déléguée générale adjointe de l’UMP.

Un président partout

Fini le chef de l’Etat en bermuda de 2012. Inquiet par le moral de la France et traumatisé par ses sondages, le socialiste est lui aussi devenu un super VRP de sa propre action. Un jour à défendre la politique culturelle à Arles, un autre à signer un emploi franc en banlieue, le président normal est partout. Comme son prédécesseur, l’hyper président… Ses lieutenants de la majorité y voient pourtant un fil conducteur différent. «Il y a une grande différence, car Nicolas Sarkozy s’éparpillait en fonction de l’actualité, il rebondissait sur toute information alors que Hollande a choisi une thématique unique, l’emploi. C’est le combat du quinquennat, lui n’est pas désordonné», défend Thierry Mandon, qui admet juste une loi prise sous la pression médiatique, celle sur la «transparence» après l’affaire Cahuzac. Hollande axe en effet toute ses déplacements sur l’emploi. Mais l’actualité le rattrape forcément sur le terrain. Alors Hollande évoque le moratoire sur les OGM ou les violences de Trappes.

«La présidence normale, c’était de la politique-fiction»

Et le président normal, celui qui avait promis de «d'avoir de la hauteur de vue, pour fixer les grandes orientations», se retrouve à parler de tout avec tous. Invité à déjeuner avec les journalistes du Monde, il accepte.  Et le même chef normal, qui s’était engagé à «ne pas recevoir les parlementaires de la majorité à l'Élysée» les accueille régulièrement autour d’un café. 

Dans la majorité, on admet une erreur de jugement et on revendique avoir enterré la normalité. Sans complexe.  «La présidence normale, c’était de la politique fiction, un oxymore. Nous n’avions pas mesuré les changements institutionnels du quinquennat et de l’inversion du calendrier. Tout s’accélère, nous serons l’année prochaine à mi-mandat… Le  président doit être acteur majeur des sujets centraux de son propre quinquennat», analyse Mandon.

Avant lui, Sarkozy...

Problème : la parole présidentielle n’imprime pas, notamment sur les sujets martelés par le président. Seulement  16% des Français jugent «probable l'inversion de la courbe du chômage d'ici la fin de l'année» (-9 %vs janv 2013) selon un récent sondage Ifop pour Valeurs actuelles. «Ils ont eu 10 ans dans l’opposition pour penser ces changements institutionnels et ils n’en n’ont pas pris la mesure. Ils comprennent depuis quelques semaines l’importance d’un président en première ligne. Mais c’est trop tard car beaucoup de choses se jouent en début de quinquennat. Hollande pourrait faire trois déplacements par semaine, les Français n’y croient plus», estime Debord qui en sait quelque chose. En 2007, les premières vacances de Sarkozy, entre une croisière à Malte et un séjour luxueux aux USA à Wolfeboro avaient durablement abimé l’image du président. L’année suivante, celui-ci était resté sobrement en France tout en s’activant (voyage aux JO, crise en Géorgie, etc)…