Pourquoi l’été est «le bal des ambitieux» en politique

VACANCES Certains travaillent d’arrache-pied quand d’autres se dorent la pilule au soleil...

Maud Pierron

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Nathalie Kosciusko-Morizet pique-nique dans un square du 15e arrondissement de Paris, le 13 juillet 2013.
Nathalie Kosciusko-Morizet pique-nique dans un square du 15e arrondissement de Paris, le 13 juillet 2013. — R. MAIGNEUX/ AFP

L’été les doigts de pieds en éventail. Un projet de vie pour beaucoup de Français. Mais pour certains élus, qui profitent de cette relative accalmie pour squatter les médias. Bruno Le Maire tâte du terrain auprès des Français… NKM en vacances dans le Cotentin mais qui flingue auprès de la presse américaine… Ou encore l’inratable Manuel Valls, en déplacement tous azimuts. Voilà trois politiques qui ne chôment pas pendant les vacances.  «Du point de vue médiatique, l’été est une période propice pour faire des coups, car les médias sont plus susceptibles de relayer», note le communicant François Belley. «C’est une période où les politiques retrouvent le contrôle de leur agenda: l’actualité est creuse, les médias sont en demande d’infos», abonde François Moreau Chevrolet, à la tête de l’agence de communication MCBG, spécialisée dans le conseil des élus et dirigeants.

Emerger ou marquer son territoire

Surtout, «l’été, c’est le bal des ambitieux», de ceux qui ont des choses à (se) prouver, insiste-t-il. Une activité chargée en période estivale traduit la détermination d’un élu tout comme un régime réussi marque la présidentialité d’un candidat. «Un peu comme le Tour de France, ça permet de faire des échappées en solitaire, de lancer des ballons d’essai», appuie le président-fondateur de MCBG. Avec peu de risques, puisque s’il y a loupé, peu s’en souviendront car les Français ont la tête ailleurs. Pour quel bénéfice alors? «Ça envoie des signes au milieu politico-médiatique, aux concurrents et ça permet de poser des jalons pour la suite», répond Philippe Moreau-Chevrolet. Et pas «de débat de fond» , il s’agit «de fabriquer de l’image», conseille-t-il. 

C’est Bruno Le Maire qui s’affiche à Thiers en aiguisant des couteaux en même temps que ses ambitions présidentielles, NKM la flingueuse -grâce là à une petite phrase très imagée reprise partout-, ou Manuel Valls qui marque au fer rouge un taureau en Camargue. La stratégie poursuivie est chaque fois différente. «C’est une période favorable à l’émergence des seconds couteaux en recherche de notoriété», explique François Belley. Bruno Le Maire, candidat putatif aux primaires de 2017, est dans cette démarche d’outsider. «Pour lui, il s’agit d’aller à la rencontre des Français. Il joue sur le long terme, il se positionne pour la présidentielle», analyse François Moreau Chevrolet. Car François Hollande l’a prouvé, le chemin du présidentiable s’apparente parfois à un marathon.

Nourrir la marque

Pour Manuel Valls, c’est encore différent. C’est le ministre le plus populaire du gouvernement. «Il est dans une stratégie à la Sarkozy: je communique, je vais sur le terrain. Tout est bon pour nourrir la marque Valls», explique François Belley. «Il développe sa stature de Premier ministrable, voire de Président», tout en jouant (pour l’instant), «le bon élève» du gouvernement, analyse Philippe Moreau Chevrolet.

NKM est confrontée à un autre problème. Elle doit envoyer des messages à son camp alors que le doute commence à affleurer au sein de l’UMP à Paris. «Elle a besoin de construire une crédibilité, de montrer à son camp qu’elle a les épaules pour mener le combat. D’où ses déclarations récentes de “killeuse”. Son premier enjeu est de s’imposer à son camp car certains ont  intérêt à ce qu’elle ne réussisse pas», explique le patron de MCBG. Mais dans l’entourage de NKM, on réfute absolument toute stratégie de com’. Au contraire. On assure «se rôder pour la rentrée» avec la présentation des listes. «On a fait les vacances dans le Cotentin pour éviter les demandes de 50 photographes. On le fait tous les ans. Le machisme en politique, elle en a déjà parlé. Il n’y a rien de neuf, mais tout le monde en parle car tous les feux sont sur elle, et surtout, les médias n’ont rien à se mettre sous la dent.» L’éternelle controverse de l’œuf et de la poule.