Affaire Cahuzac: Pourquoi les membres de la commission s’écharpent?

POLITIQUE Certains députés de l'opposition mettent en cause François Hollande, de manière scandaleuse, selon la majorité..

Maud Pierron

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Charles de Courson (UDI) après l'audition de Jérôme Cahuzac par la mission d'enquête parlementaire, le 26 juin 2013.
Charles de Courson (UDI) après l'audition de Jérôme Cahuzac par la mission d'enquête parlementaire, le 26 juin 2013. — JOEL SAGET / AFP

Coup de chaud sur la commission d’enquête parlementaire sur les éventuels dysfonctionnements de l’Etat dans l’affaire Cahuzac. Alors que jusque-là, les débats entre les députés de toutes tendances avaient lieu à huis clos, les députés de l’opposition et de la majorité s’attaquent dans les médias. Surtout depuis que Charles de Courson, le président UDI de la Commission, a attaqué mercredi soir sur France 2 et jeudi dans Le Figaro François Hollande, «parfaitement informé» de la détention du compte en Suisse de Jérôme Cahuzac, provoquant une levée de boucliers de la majorité.

«Nous avons les preuves que le président a été parfaitement informé» dès la mi-décembre, a déclaré le député centriste de la Marne, qui avait demandé, comme d’autres députés de l’opposition, l’audition de Jean-Marc Ayrault par la commission, une requête rejetée par les autres membres de la commission appartement à la majorité. Ces derniers critiquent l’utilisation partisane de cette commission, pour se «payer» le chef de l’Etat, et/ou son Premier ministre.

«Les faits» puis «les interprétations»

Pour Charles de Courson, contacté par 20 Minutes, c’est très clair après les travaux de la commission: le 4 décembre, Mediapart sort son article assurant que Jérôme Cahuzac détient un compte en Suisse. Le 15 décembre, Michel Gonelle appelle le directeur de cabinet adjoint de François Hollande pour assurer de l’authenticité de l’enregistrement, ce dernier en informe François Hollande qui donne comme consigne de transmettre tous les éléments à la justice. Le 18 décembre, Edwy Plenel rend visite à François Hollande pour lui assurer que l’enquête de son journaliste et les preuves sont fiables. «Le président était informé depuis le début», insiste-t-il, réfutant d’instiller volontaire «le soupçon» sur le chef de l’Etat comme l’accuse la majorité. «Ce sont les faits, des faits qui ont été rapportés, ensuite il y a des interprétations», assure-t-il. «Ce n’est pas une interprétation que de dire qu’entre le 4 et le 18 décembre, le Président dispose d’un ensemble d’éléments qui montrent qu’il pèse de graves soupçons sur le fait que Jérôme Cahuzac a un compte en Suisse», explique-t-il à 20 Minutes.

Mais soupçon n’est pas preuve, lui fait-on remarquer. Le député enchaîne: «Quand celui qui se présente comme votre "vieil ami" vient vous expliquer que votre ministre à un compte en Suisse, quand un homme se présente et assure de l’authenticité de l’enregistrement qui, je le rappelle, a permis l’ouverture de l’enquête préliminaire le 8 janvier, ça ne vous inquiéterait pas, vous?»

Autre point qui a choqué le député centriste: apprendre par l’audition mercredi de Pierre Moscovici qu’une réunion s’était tenue à l’Elysée le 16 janvier, en présence de François Hollande, Jean-Marc Ayrault, Pierre Moscovici et Jérôme Cahuzac sur la fameuse demande d’entraide à la Suisse. «C’est quand même incroyable que le principal intéressé y ait assisté. Déjà que pas grand monde  ne croyait à ce principe de muraille de Chine…». Mais voilà, pour le député, qui lance tout de même des accusations assez graves contre François Hollande, impossible de dire là s’il y a eu «dysfonctionnement» au sommet de l’Etat, la commission doit en débattre.

«Michel Gonnelle est un "zozo"»

Des attaques «scandaleuses», pour le député PS Jean-Marc Germain, membre de cette commission. «Des parlementaires de droite veulent faire une utilisation politicienne de la commission, c’est irresponsable. Il faut être à la hauteur de notre rôle», attaque-t-il. Le député a une autre lecture des faits rapportés, qui sont des «preuves» pour Charles de Courson: «Michel Gonelle est un "zozo", par ailleurs un ancien adversaire politique de Jérôme Cahuzac, alors quand il vient vous voir, c’est normal de ne pas savoir si ce qu’il dit est vrai. Le président a eu la seule bonne réaction: de dire qu’il fallait transmettre tous les éléments à la justice. Que vouliez-vous qu’il fasse? Qu’il mène une enquête parallèle?».

Quant à la réunion du 16 janvier, Jean-Marc Germain n’est pas choqué que Jérôme Cahuzac y ait été convié: «la convention d’entraide précise que les avocats de la personne concernée soit tenus informés par la Suisse». Pour lui, la commission a fait du «bon boulot, du bon boulot pour la démocratie». On attend désormais avec impatience la prochaine audition de Jérôme Cahuzac la semaine prochaine et surtout, le rapport de la commission d’enquête, qui doit être rendu à l’automne. Les conclusions orales du rapporteur (socialiste) seront débattues en septembre.