Affaire Cahuzac: François Hollande savait-il?

M. Go. avec AFP

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Jérôme Cahuzac, ministre du Budget, le 28 septembre 2012 à Bercy
Jérôme Cahuzac, ministre du Budget, le 28 septembre 2012 à Bercy — B. LANGLOIS / AFP

Après quelques semaines d’audition et surtout les convocations, mardi, de trois ministres, les membres de la commission d’enquête parlementaire commencent à se faire leur propre opinion. «Nous avons les preuves que le président a été parfaitement informé», a déclaré Charles de Courson,  président UDI de la commission et député de la Marne sur France 2.

Selon lui, l'ex-maire RPR de Villeneuve-sur-Lot, Michel Gonelle, qui détenait l'enregistrement dans lequel on entend Jérôme Cahuzac parler de son compte en Suisse, «a informé le directeur adjoint du cabinet du président [Alain Zabulon] le 15 décembre, qui est immédiatement allé voir le secrétaire général de l'Elysée [Pierre-René Lemas], et tous les deux, ils sont allés voir le président dans son bureau». «Donc, il [François Hollande] le sait le 15» décembre, a souligné le président de la commission Cahuzac.

«Le 18, Edwy Plenel informe l'Elysée qu'ils ont toutes les preuves», a-t-il ajouté, rappelant que le journaliste, directeur du site d'informations Mediapart, «est un ami personnel du président, ils ont même écrit un bouquin ensemble».

De fait, a-t-il encore précisé, «je dis que le président, entre le 4 et le 18 décembre, a l'ensemble des informations lui permettant de se rendre compte que des preuves graves, selon lesquelles Jérôme Cahuzac détenait un compte en Suisse, existent».

Hollande a-t-il tenté de faire démissionner Cahuzac?

Pourquoi François Hollande n'a-t-il pas alors remercié Cahuzac, qui n'a été contraint à la démission que le 19 mars? «Certains prétendent qu'il a été tenté de faire cela mais nous ne pouvons pas auditionner le président de la République, en application du principe de séparation des pouvoirs», a-t-il indiqué, n'excluant pas cependant une audition du Premier ministre.

Revenant sur l'audition de Pierre Moscovici, qui a contribué à fragiliser la réalité de la «muraille de Chine» érigée autour de Jérôme Cahuzac par son ministre de tutelle, De Courson a jugé qu'elle avait été «la plus intéressante». «Il nous a dit (...) qu'il y a bien eu une réunion le 16 janvier à l'Elysée suite à un conseil des ministres, entre quatre personnes; le président de la République, le Premier ministre, lui-même Pierre Moscovici et Jérôme Cahuzac», a-t-il relaté, qualifiant d'incroyable la présence du ministre incriminé.

En effet, une directive de Bercy, signée quelques jours après les révélations du 4 décembre du site d'informations Mediapart, visait à exclure Cahuzac de toute décision et mesure relative à son présumé compte caché à l'étranger.

Vallaud-Belkacem veut laisser travailler la commission

Le gouvernement et l’Elysée n’ont pas réagi. «Evidemment, ce sujet n'a pas été évoqué en conseil des ministres», a souligné la porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem lors de son compte-rendu du conseil des ministres. «On n'a pas besoin de rajouter une commission d'interprétation à la commission d'enquête qui mène ses travaux en toute indépendance», a-t-elle poursuivi.

Cette commission doit mener ses travaux «en toute sérénité et sur la base de ce qui est déclaré à la fois sous serment devant elle et, qui plus est, publiquement. Donc, en réalité, toutes les informations qui sont produites à l'intention de cette commission sont d'ores et déjà publiques», a poursuivi la porte-parole.