Laurence Rossignol: «Les gauches batifolent au Sénat»

INTERVIEW La sénatrice socialiste de Picardie Laurence Rossignol, porte-parole du PS, revient sur le vote chaotique du texte sur la transparence parlementaire...

Propos recueillis par Anne-Laëtitia Béraud

— 

Laurence Rossignol, sénatrice de l'Oise et secrétaire nationale du Parti socialiste en charge de l'environnement.
Laurence Rossignol, sénatrice de l'Oise et secrétaire nationale du Parti socialiste en charge de l'environnement. — DR

Le Sénat a adopté dans la nuit de lundi à ce mardi les deux projets de loi sur la transparence de la vie politique. Mais il a, de nouveau, joué les mauvais élèves de la majorité en rejetant l’une des mesures phares de ce texte, en supprimant l’article sur la publication du patrimoine pour les parlementaires, les responsables d'exécutifs locaux, les conseillers de l'Elysée ou les membres des cabinets ministériels. Ce sont notamment les radicaux de gauche, sans qui le gouvernement n’a pas la majorité à la Chambre haute, qui ont fait tomber l’article principal du texte. La sénatrice socialiste de Picardie Laurence Rossignol, qui a porté l’un des amendements sur la réserve parlementaire, revient pour 20 Minutes sur cet épisode…

Le texte sur la transparence vient d’être adopté au Sénat. Vous satisfait-il en l’état?

L’important, c’est que ce texte a été adopté, même s’il y a eu un tour de passe-passe sur l’article 1 [qui concerne la transparence des patrimoines]. Il y a eu une coalition des conservatismes au Sénat qui s’est cette fois-ci imposée, je le regrette. Je me réjouis par contre que mon amendement sur la transparence des réserves parlementaires ait été adopté à l’unanimité. C’est un engagement fort.

Maintenant que va-t-il se passer pour ce texte, qui n’a pas réussi jusqu’ici à susciter un consensus entre l’Assemblée nationale et le Sénat?

La commission mixte paritaire [dont les membres vont établir un texte de compromis entre celui de l’Assemblée nationale et celui du Sénat] va se réunir ce soir. J’espère qu’elle rétablira en grande partie le texte adopté à l'Assemblée nationale, notamment cet article 1. J’espère aussi que mon amendement, qui a été voté au Sénat [mais pas à l'Assemblée] sera intégré au texte commun.

Pourquoi parlez-vous de «coalition des conservatismes» au Sénat?   

Je le dis car cette coalition est frustrante. Je sais que le Sénat peut mieux faire que cela, qu’il peut donner une meilleure image que ces manœuvres de blocage. Le groupe PS agit pour construire des coalitions, mais la majorité gouvernementale n’est pas majoritaire au Sénat. Il y a une diversité des gauches qui batifolent au Sénat, et au sein même des groupes parlementaires, des individualités particulières... Cela tourne parfois au blocage.

Regrettez-vous cette majorité à échelle variable au Sénat?

Le processus est fluctuant.  Il y a des moments de rassemblements et d’autres de grande confusion. Les promesses des centristes n’engagent que celles qui les croient…

C’est-à-dire?

Les radicaux de gauche du RDSE font aujourd’hui barrage à cause du texte sur l’interdiction du cumul des mandats [auquel ils sont opposés, contrairement au gouvernement, et qui sera examiné au Sénat à la rentrée après une première lecture à l’Assemblée nationale, ndlr]. C’est ce texte sur le non-cumul qui est en réalité la cible! Sauf que le grand risque avec ces manœuvres, c’est que l’on se passe de plus en plus de l’avis du Sénat, qu’on le contourne. C’est dommage car l’on pourrait penser que le Sénat est une organisation archaïque, une chambre des notables, ce qui n’est plus le cas.