Arnaud Montebourg, la machine à couacs

Maud Pierron

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Pierre Moscovici et Arnaud Montebourg, le 31 mai 2012, à Trevustes, dans le Doubs.
Pierre Moscovici et Arnaud Montebourg, le 31 mai 2012, à Trevustes, dans le Doubs. — F. FLORIN / AFP

Imprévisible et la langue bien pendue, voilà deux traits de caractère d’Arnaud Montebourg. Ils lui confèrent peut-être une jolie notoriété mais ne lui attirent pas que des amitiés. Une nouvelle fois, sur les gaz de schiste, Arnaud Montebourg s’est attiré les foudres de l’exécutif. Une péripétie de plus pour le ministre du Redressement productif, qui ne devrait pas l’empêcher de dormir tant la liste de ses prises de bec est longue. D’ailleurs, il s’est même permis ce vendredi de contester la mise au point du Premier ministre. 20 Minutes dresse la liste (non exhaustive) de ses débordements-recadrages.

>> Lire ici les raisons de l'impunité d'Arnaud Montebourg

Le sort de Stéphane Richard
Alors que le patron d’Orange est entendu dans le cadre de l’affaire Tapie, Arnaud Montebourg estime que si l’ex-directeur de cabinet de Christine Lagarde est mis en examen, il devra quitter la tête d’Orange. Alors même que le couple exécutif ne doit se prononcer sur ce dossier. Du coup, François Hollande profite d’un déplacement au Japon avec son ministre pour le recadrer. «Je me suis fait engueuler», a avoué Arnaud Montebourg aux journalistes. Et Stéphane Richard est resté malgré sa mise en examen.

Le dossier DailyMmotion
Autre dossier où Montebourg semble avoir décidé seul, celui de Dailymotion. Le ministre s’est opposé au rachat de l’entreprise française par le géant américain Yahoo, s’attirant de nombreuses critiques. Pour se protéger, le ministre du Redressement productif explique que cette décision a été prise en concertation avec Pierre Moscovici. Non, «ce n’est pas un dossier sur lequel j’ai été particulièrement impliqué», a rétorqué le ministre de l’Economie.

La contestation de la ligne politique
Après l’affaire Cahuzac, l’homme de la réduction du déficit, plusieurs ministres réclament une inflexion du cap alors que  Hollande revendique partout son «sérieux budgétaire». Montebourg est le plus clair et le plus tranchant : «le sérieux budgétaire, s'il tue la croissance, n'est plus sérieux. Il est absurde et dangereux». La réponse ne s’est pas faite attendre de la part de Matignon: «Il n'y a qu'une seule ligne politique, celle du redressement», a répondu Jean-Marc Ayrault. «La France ne pratique pas l'austérité. Il faut aller voir en Espagne ce qu'est l'austérité, il faut aller voir au Portugal ce qu'est l'austérité», a-t-il insisté à l’intention de son ministre.

L’affaire Pigasse à la BPI
Avec Pierre Moscovici, les relations sont assez tendues. Les deux ministres cohabitent assez mal à Bercy tant au niveau professionnel qu’au niveau de la personnalité. Nouveau clash entre les deux hommes au sujet de la banque Lazard,  qui a épaulé la future Banque publique d’investissement (BPI). Or, la banque Lazard est présidée par Matthieu Pigasse, par ailleurs patron des Inrocks, qui a l’époque était piloté par Audrey Pulvar, alors la compagne d’Arnaud Montebourg. D’où des soupçons de conflit d’intérêts. Du coup, Montebourg s’est défaussé sur Pierre Moscovici, taclant au passage le choix de cette banque. Il assure aux journalistes avoir appris cette décision par la presse, ajoutant: «Je regrette que cette décision ait été prise (…) Moi je pense que c’est une très mauvaise idée».  Le ministre regrette le signal donné politiquement avec cette banque alors qu’il veut faire de cette banque une établissement différent des autres. Mais Moscovici rétorque: «Arnaud Montebourg n'a absolument pas été impliqué dans ce choix», a-t-il confirmé, ajoutant sèchement : «C'est mon ministère» qui «pilote le financement de l'économie», le renvoyant sur ses plates-bandes. Un couac qui a rendu Hollande furieux»

Le bras de fer avec Mittal et Ayrault
C’est la passe d’armes connue la plus violente politiquement. Alors que Mittal annonce la fermeture du site de Florange, Montebourg monte au créneau et menace l’industriel indien. Puis annonce qu’il envisage une «nationalisation partielle» du site et qu’il va trouver des repreneurs. Mais l’exécutif l’exécute, choisissant de négocier avec Mittal, le désavouant publiquement. Ayrault va au 20 heures de TF1 pour dire que contrairement à ce que claironne Montebourg, la solution de la nationalisation temporaire n’a jamais vraiment été évoqué mais en plus il met en doute la parole du ministre en s’interrogeant sur le sérieux de ce repreneur. Très vite, on sait que le ministre a proposé sa démission, refusée par Hollande. La suite, c’est un livre publié en avril qui la raconte (Florange, la tragédie de la gauche): «De quoi j'ai l'air après ce que tu as dit devant les Français alors que je me démène ! [...] T'es vraiment un chef de guerre ! Et après ça, tu fais chier la terre entière avec ton aéroport de Notre-Dame-des-Landes, dont tout le monde se fout ! Tu gères la France comme le conseil municipal de Nantes !»

L’affaire PSA
En juillet 2012, tout juste nommé à Bercy, Montebourg attaque frontalement la famille Peugeot, qui annonce un plan de suppression d’emplois. Il accuse notamment la famille de «dissimulations», de «mensonges» et taxe même le groupe de «un malade imaginaire». Un ton qui a fortement déplu dans les milieux de l’entreprise,à droite, mais aussi à Matignon. Finalement, c’est Ayrault qui a repris en main le délicat dossier PSA.