Le Tour de France des politiques

POLITIQUE Le président et les ministres se rendent traditionnellement sur le Tour. Mais les élus locaux font également du passage de l'épreuve un argument politique...

Matthieu Goar

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Anne Hidalgo, candidate à la mairie de Paris, lors de la 7e étape du Tour de France, entre Aix-en-Provence et Montpellier, le jeudi 4 juillet 2013.
Anne Hidalgo, candidate à la mairie de Paris, lors de la 7e étape du Tour de France, entre Aix-en-Provence et Montpellier, le jeudi 4 juillet 2013. — JOEL SAGET / AFP

Sur le Tour, il y a d’abord les stars politiques. Celles qui ont droit aux honneurs, à une place dans la voiture du directeur de l’épreuve Christian Prudhomme  et surtout  au Graal: l’interview de Gérard Holz à l’arrivée. Comme François Hollande, présent dimanche sur la deuxième étape pyrénéenne, histoire de saluer les habitants des communes sinistrées par les inondations. Ou encore la ministre des Sports, Valérie Fourneyron, qui a suivi le grand départ et reviendra aussi sur l’étape. «C’est un événement inratable, mais bon on ne peut pas non plus y être pendant trois semaines…», glisse un membre de son cabinet.

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Etre au milieu des gens

Mais, avec 537 communes et 37 départements traversés cette année, c’est aussi tout le réseau des élus français qui profitent du Tour pour se montrer, dialoguer, serrer des mains. «Tous les ans, dès que le parcours est annoncé, je vérifie si les coureurs passent dans mon coin», explique Isabelle Le Callennec, députée UMP d’Ille-et-Vilaine, qui sera présente, jeudi, dans le village de Princé, seule commune traversée dans sa circonscription.

«On m’avait aussi invité au départ à Fougères mais je préfère être au milieu des gens, dans une commune de 333 habitants. Tout le monde s’est mobilisé, il y aura la sculpture d’un vélo, une fresque dans un champ, c’est une fête», poursuit  la parlementaire qui a raté la première traversée de son département, mardi à cause de l’audition de Marisol Touraine, ministre de la Santé devant la commission des affaires sociales. «Du coup, j’ai pu voter sur le cumul des mandats, pour moi mais aussi pour mon collègue Gilles Lurton qui était sur le Tour à l’arrivée à Saint-Malo, dans sa circonscription», détaille Le Callennec.

Les maires à la manœuvre

Si le Tour bouleverse les agendas des parlementaires, les principaux relais politique de la Grande boucle sont les maires, à la manœuvre en amont pour tenter d’être ville-étape, mais aussi sur le terrain pendant trois semaines. «Je fais la demande tous les ans. Oui, c’est un peu cher [50.000 euros pour être ville-départ, 80.000 pour être ville d’arrivée] mais le Conseil général finance la moitié et les retombées sont considérables», analyse, Chantal Eyméoud, maire d’Embrun (Hautes-Alpes), une ville de 7.000 habitants qui s’apprête à recevoir de 60.000 à 100.000 personnes, le 17 Juillet, jour du deuxième contre-la-montre.

Au programme  de madame le maire: accueil dès la première heure de tous les élus invités (Conseillers généraux, régionaux, députés, sénateurs, etc), présence sur la zone de départ pour assurer les RP, coordination des bénévoles, visite le soir dans la ville d’arrivée de Chorges. «C’est un événement qui dynamise la commune. Entre 200 et 300 bénévoles vont par exemple s’occuper de la circulation. Il faut que tout le monde se mobilise. Je vais parler à certains commerçants qui voient leur habitude bouleverser mais globalement il y a un consensus. L’opposition municipale ne m’a par exemple jamais attaquée sur ce sujet», poursuit Chantal Eyméoud. «Nous sommes en période de préchauffe avant les élections municipales alors il y a eu quelques piques mais sans plus, tout le monde tire plutôt dans le même sens», raconte Martial Passi, maire de Givors (Rhône) qui accueille les coureurs pour la première fois de son histoire le 14 juillet.

La ville ouvrière, étape pour la première fois de son histoire, veut valoriser à fond l’expérience. Un village dédié aux commerces locaux sera ouvert dès dimanche 8 heures. De son côté, la CGT a demandé à l’organisateur ASO de pouvoir faire un départ fictif sur la ligne avec des syndicalistes. «Ca sera bon enfant. ASO nous laisse libre. La seule contrainte est que nos stands n’empiètent pas sur les sponsors officiels du Tour», explique Passi.

Une fête utile politiquement

Et il n’y a pas que les coureurs à s’employer le long des routes. Si le Tour permet d’engranger des retombées économiques, la jolie fête estivale permet également aux politiques de travailler le terrain. «Entre le passage de la Caravane et celui des coureurs, il y a un peu d’attente.  Et les gens en profitent. Ne croyez pas que, parce que c’est le Tour, ils  vont se retenir de nous parler du chômage, de la crise, des problèmes locaux. Le Tour, c’est aussi un bon moyen de prendre la température avant les vacances d’août», poursuit Le Callennec. Une façon de bien préparer la rentrée et les futurs cols électoraux, comme  Eyméoud qui compte bien transformer les  visites du Tour (où il est déjà venu deux fois lors de l’épreuve de 2008) en arguments lors de la prochaine campagne des municipales. «Bien sûr, j’en parlerai. Les venues du Tour font partie de mes actions et d’un bilan global.»