Affaire Cahuzac: Michel Gonelle évoque le rôle des labos à Villeneuve-sur-Lot

Matthieu Goar
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L'avocat Michel Gonelle, le 21 mai 2013 à l'Assemblée nationale.
L'avocat Michel Gonelle, le 21 mai 2013 à l'Assemblée nationale. — KENZO TRIBOUILLARD / AFP

«La dernière fois, j’avais répondu à 62 questions -oui j’ai compté- pendant 2h10… Apparemment, ce n’est pas suffisant…» De retour devant la commission d’enquête parlementaire, Michel Gonelle s’est remis à l’ouvrage et a nié une nouvelle fois être la source de Mediapart.

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Mais au détour de deux questions sur le message laissé par Jérôme Cahuzac sur son répondeur, une pièce-clé de l’affaire, l’ancien maire RPR de Villeneuve-sur-Lot a distillé quelques détails croustillants sur la région. «Il était complètement public que les laboratoires pharmaceutiques, Upsa et Fabre, subventionnaient les équipes de rugby à XV et à XIII», déclare ainsi Gonelle, qui évoque alors le travail local du député PS Jérôme Cahuzac, élu en 1997. «Les chèques étaient remis devant la presse, avec des chèques grands formats, et Jérôme Cahuzac tenait sous ses bras le président du club et le PDG du laboratoire. (…) Et ça, quelques mois avant les élections», poursuit l’adversaire de Cahuzac, qui sera finalement battu par le socialiste aux municipales de 2001.

Les liaisons dangereuses

Ce sponsoring avait déjà évoqué dans des articles de presse, notamment celui-ci du quotidien Sud-Ouest, ou dans le livre Les yeux dans les yeux de Charlotte Chaffanjon (Editions Plon). Mais ces anecdotes sur la proximité entre Cahuzac et les laboratoires continuent à intriguer alors que les enquêteurs s’interrogent toujours sur la source de l’argent que l’ancien ministre avait placé sur un compte en Suisse transféré ensuite à l’étranger.

Conseiller technique au sein du cabinet du ministre de la Santé Claude Evin à la fin des années 80, Cahuzac a-t-il été un pion grassement rémunéré dans le travail de lobbying des laboratoires? D’autres rumeurs avaient évoqué un financement des réseaux rocardiens en vue de la présidentielle de 1995, ce qui n’a jamais été prouvé. «Au début des années 1990, c'est en jet privé, avec Michel Rocard, qu'il se rend à la villa Carla, la tanière de l'industriel [Pierre Fabre] à Castres, pour un dîner avec Jacques Limouzy et Philippe Douste-Blazy», rappelle le quotidien Sud-Ouest. En 1993, le socialiste officialise son activité de conseil en déposant les statuts de Cahuzac Conseil, une société qui a travaillé exclusivement pour l'industrie pharmaceutique. Ce qui ne l’empêchera pas de faire voter en 1998 un amendement imposant une taxation supplémentaire sur les bénéfices des labos.