Mélenchon et «Sauvons les riches» à la rescousse de Kerviel

Alexandre Sulzer et Vincent Vantighem

— 

Jean-Luc Mélenchon manifeste à Paris le 1er mai 2013.
Jean-Luc Mélenchon manifeste à Paris le 1er mai 2013. — WITT/SIPA

Le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon et d’autres collectifs de gauche se mobiliseront jeudi en faveur de… Jérôme Kerviel qui conteste au conseil des prud’hommes son licenciement pour faute lourde, en 2008, par la Société Générale. L’ancien trader avait été condamné en appel à cinq ans de prison, dont trois ferme, ainsi qu'à verser 4,9 milliards d'euros de dommages et intérêts à son ancien employeur. Il s'est pourvu en cassation.

«Je crois que Kerviel est innocent», a écrit Jean-Luc Mélenchon le 20 juin dans une longue note sur son blog. L’ancien candidat à la présidentielle dit s’attendre «à soulever de l’incompréhension et peut-être des reproches» venant de son camp. Mais justifie sa défense en dressant un parallèle entre Jérôme et le capitaine Dreyfus. «Le militarisme était alors notre ennemi car nous ne voulions pas la guerre qu’il préparait. Dreyfus en était un rouage conscient et satisfait. Mais il était innocent», écrit le coprésident du Parti de Gauche (PG).

Faire du procès Kerviel celui de la finance

Pour le responsable politique, Jérôme Kerviel a été manipulé pour couvrir les dettes de la Société Générale. Compte tenu des gains que le jeune trader encaissait, la banque savait «exactement avec quel dépassement des règles de prudence cela est possible». «Ses agissements sont connus et couverts [par la direction de la Société Générale]», croit savoir Jean-Luc Mélenchon qui déplore que l’Etat ait versé 1,7 milliard d’euros d’argent public pour renflouer la Société Générale sans vérification «de la réalité de la perte déclarée».

«Le fait qu’il a été trader ne vaut pas condamnation à vie, complète Eric Coquerel, secrétaire national du PG. Kerviel paie pour un système auquel il a certes participé mais qu’il n’a pas créé, qui le dépasse. Il est l’arbre qui cache la forêt de la perte de la banque». Jérôme Kervier est-il sincère lorsqu’il dit regretter ses activités bancaires passées? «Oui, nous le pensons, répond Eric Coquerel pour qui les éléments qu’il apporte sur le fonctionnement du système bancaire valident notre position». «C’est le procès d’un lampiste, nous voulons en faire le procès de la finance.»

«Sauvons les riches» à la manœuvre

Le collectif «Sauvons les riches», proche d’Europe-Ecologie-Les-Verts (EELV), sera aussi de la partie en organisant un «comité d’accueil» aux prud’hommes. Julien Bayou, son animateur, veut construire un mur – il est allé à Leroy Merlin mercredi acheter des briques et du ciment – pour symboliser le mur d’incompréhension face au montant d’argent public remboursé à la Société Générale.

«Le chèque a été fait avant la décision de justice, ce qui est bizarre. D’autant que pour prétendre à ce remboursement, la banque aurait dû respecter deux conditions : prouver que la hiérarchie de Kerviel n’était pas au courant de ses agissements et que les systèmes de contrôle n’ont pas été mis en défaut.» Et de rappeler que «la Société Générale a été condamnée par la Commission bancaire à 4 millions d’euros d’amende» pour la mise en défaut de ses systèmes de contrôle. «Elle n’aurait donc pas dû toucher le chèque de 1,7 milliard. On parle quand même de plus de 4 fois l’affaire Tapie.»