Limogeage de Delphine Batho: Et si les écologistes en profitaient?

POLITIQUE Depuis mardi soir, les écologistes mettent la pression sur l’exécutif...

Matthieu Goar

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Jean-Vincent Placé, Président du groupe écologiste au Sénat
Jean-Vincent Placé, Président du groupe écologiste au Sénat — CHESNOT/SIPA

Au début, ils ont rué dans les brancards. «Un symbole dramatique», peste José Bové. «Nous n’avons pas vocation à jouer les idiots utiles», se lamente Noël Mamère. «Une façon invraisemblable de régler les débats politiques», s’étonne  jean-Vincent Placé qui estime alors les Verts «proches de la sortie»…

Réunion de crise et changement de ton

Mardi soir, après la tenue d’une réunion de crise, changement de ton. «La question de la sortie du gouvernement a été évacuée assez vite», explique Barbara Pompili, vice-présidente du groupe écologiste à l’Assemblée, aussitôt rejointe par son homologue François de Rugy. «Il s’agit de prendre du recul et de ne pas s’arrêter aux questions de personnes. Nous n’avons pas à nous mêler de la mécanique gouvernementale. Et puis, nous n’avons jamais fait de Delphine Batho une égérie de l’écologie politique», admet à 20 minutes le député de Loire-Atlantique.

Une stratégie qui agace la base mais aussi, Sergio Coronado, député des Français de l’étranger:

Pas plus affectés que ça par la disparition de Batho, les écolos veulent au contraire profiter de cette séquence pour mettre la pression sur l’exécutif en jouant sur la corde affective. «Maintenant, montrez-nous des preuves d’amour», peut-on lire entre les lignes. «Ce moment de doute demande qu’il y ait maintenant une réaffirmation de l’engagement écologique de ce gouvernement. Que veulent-ils faire de la transition écologique ? A quand la fiscalité verte? Et les investissements d’avenir?», s’interroge de Rugy.

Mesurer le nouveau rapport de force

L’agenda écologique est  dans les semaines à venir très dense et les Verts veulent pousser l’exécutif à leur faire des concessions pour calmer leur «fureur». Jean-Marc Ayrault doit en effet annoncer la semaine prochaine de nombreux investissements d’avenir et les travaux de la conférence environnementale, qui s’achèveront à la fin de l’été, devaient aboutir à un projet de loi à la rentrée. 

Les Verts pourront très vite jauger du rapport de force, « les yeux dans les yeux». François Hollande doit en effet rencontrer les patrons de groupe, le sénateur  Jean-Vincent Placé, le 9 juillet, puis Pompili et de Rugy, le 16. Des rendez-vous calés la semaine dernière. Les dirigeants écolo ont également demandé à rencontrer Jean-Marc Ayrault pour avoir des «explications».

Les socialistes ironisent

Un coup de billard à deux bandes qui fait ironiser les socialistes. «Ils ont passé leur temps à critiquer Batho mais vont la transformer en martyr pour avancer leurs pions», prédisait mardi un ministre. «Ils ont été les principaux pourfendeurs de Batho et demandent maintenant des preuves d’amour. Ils cherchent à instrumentaliser et à reprendre la main. C’est d’une formidable hypocrisie, mais c’est de bonne guerre. Et puis, avant les municipales, il est évident que  cela leur permet de rappeler l’importance du vote écolo», analyse pour 20 minutes le député de Seine-et-Marne Olivier Faure.

Alors que la rentrée politique sera marquée par la préparation des élections de 2014 (municipales + européennes) et que Hollande a demandé l’union, l’épisode Batho donne des arguments aux écologistes qui souhaitent mettre en place des listes indépendantes. 

Depuis 24 heures, la plupart des têtes pensantes écolos ne se privent d’ailleurs pas de mettre en doute la réelle ambition écologiste de ce gouvernement. Une façon également de se venger de l’épisode de Villeneuve-sur-Lot. Le désastre à peine consommé, les socialistes avaient mis au pilori leur partenaire qui avaient présenté un candidat. «Après la raclée monumentale de Villeneuve-sur-Lot, le coupable, c'était les Verts. Il y a une cristallisation sur le sujet écolo comme un bouc émissaire, de la part d'un gouvernement plutôt tradi-conservateur-productiviste», a ironisé Jean-Vincent Placé. Majorité, je vous hais…