Le 26 juin 2013, Jérôme Cahuzac est auditionné par la commission d'enquête parlementaire qui cherche à determiner d'éventuels dysfonctionnements dans le cadre de l'affaire Cahuzac.
Le 26 juin 2013, Jérôme Cahuzac est auditionné par la commission d'enquête parlementaire qui cherche à determiner d'éventuels dysfonctionnements dans le cadre de l'affaire Cahuzac. — V. WARTNER / 20 MINUTES

RECIT

Commission d’enquête: La non audition de Jérôme Cahuzac

Il n'a rien dit qui puisse permettre à l’Assemblée de mettre le doigt sur un quelconque dysfonctionnement au sommet de l’Etat…

«Incroyable, Cahuzac. Fidèle à lui-même». C’est ainsi que le député écologiste Sergio Coronado résume les deux heures d’audition de Jérôme Cahuzac par la Commission d’enquête parlementaire mercredi après-midi, lorsqu’il croise un collègue à la sortie.

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En costume gris, Jérôme Cahuzac semble imperturbable alors que les photographes s’empoignent pour le prendre en photo, se faisant sortir par les huissiers de l’Assemblée. L’ex-ministre du Budget assis, les mains posées sur le bureau, regarde vaguement la salle –journalistes et députés, comme s’il était absent. Evidemment, tout le monde attend le moment du serment où celui qui a menti devant l’Assemblée prononcera ces mots: «Je le jure.» Une fois la formalité accomplie à faible voix, Jérôme Cahuzac zappe la déclaration liminaire, assurant n’avoir rien à dire.

Sonder la mécanique Cahuzac en vain

Sûr de lui, combatif et un brin arrogant, il n’aura apporté en deux grosses heures aucun réel élément nouveau à la commission, dédouanant François Hollande, Pierre Moscovici et l’ensemble du gouvernement à qui il «a menti». Pas grand chose à se mettre sous la dent pour l’Assemblée. «J'ai pu mettre dans mes dénégations une force de conviction qui a dû en convaincre certains, je le crains», a-t-il lâché triturant ses lunettes. «Je n'ai pas dit la vérité à mes amis, je n'ai pas dit la vérité à mes collègues, je n'ai pas dit la vérité à mes collaborateurs. C'est ainsi», a-t-il encore indiqué.

Pour autant, l’ex-ministre n’a rien lâché, et encore moins concéder de «regrets» à Daniel Fasquelle, le député qui l’avait interrogé à l’Assemblée en décembre et à qui il avait menti, et qui le questionnait de nouveau sur ce mensonge ce mercredi. «Le 2 avril [dans le communiqué qu’il a rédigé après ses aveux, Ndlr] j'ai indiqué le sentiment que j'en avais. La répétition de ce sentiment n'est peut-être pas indispensable, ce qui n'enlève rien à la sincérité de ce sentiment», a-t-il répondu en pesant chacun de ses mots. D’ailleurs, à aucun moment l’ex-socialiste n’a souhaité s’étendre sur ses sentiments, alors que les députés ont tenté de les sonder pour comprendre la mécanique Cahuzac, celle qui l’a fait rester au gouvernement après la révélation de l’affaire, celle qui l’a amené à mentir, celle qui l’a conduit à évoquer un complot à son encontre. «Vous me demandez de vous livrer des sentiments qui ont pu m'agiter, des craintes, des peurs, un sentiment de honte parfois, vraiment, permettez-moi de le garder pour moi», donne-t-il pour toute réponse.

Dialogue surréaliste

Jérôme Cahuzac a par ailleurs assuré n’avoir pas été informé de l'envoi d'une demande d'entraide administrative à la Suisse par Pierre Moscovici. Mais du «sens de la réponse», qui concluait qu’il n’a pas eu de compte en Suisse depuis 2006, une «dizaine ou quinzaine de jours après». Sur cette demande d’entraide qui fait polémique, notamment sur la période ciblée, il a rendu hommage à l’administration fiscale, estimant qu’aucune «meilleure question» n’aurait pu être rédigée «au regard des informations» de l’époque.  Cette même administration fiscale dont il «avait la charge», à qui, donc, il lui a «semblé impossible» de mentir. D’où sa non réponse à une demande de renseignements que le fisc lui avait envoyée sur d'éventuels comptes à l'étranger, une demande de renseignement dont il n’avait par ailleurs prévenu personne.

Mais Cahuzac, mâchoire fermée, a souvent rejeté les questions des députés, se retranchant derrière l’instruction judiciaire, irritant les membres de la commission. Il n’aura confirmé ni avoir eu un compte en Suisse, ni avoir effectué un quelconque transfert à Singapour, ni un voyage en Suisse. Ni même concédé que c’est bien sa voix sur l’enregistrement de Mediapart, laissant place à un dialogue surréaliste. Alors qu’il lui est demandé si la voix de l’enregistrement est bien la sienne, il rétorque: «La police a reconnu que c’est ma voix à 60%.» Le président de la commission, Charles de Courson insiste, précisant que ses déclarations ont été pour le moins embrouillées sur ce point jusque-là. Cahuzac répond ne pas s’être exprimé depuis le 2 avril sur ce point et se borne à répéter: «La police scientifique estime à 60% que c’est ma voix.» «Et vous, à combien l’estimez vous?» lui demande, de guerre lasse, le président de la commission. «A 60%.» «Quel personnage étonnant ce Cahuzac», conclut Sergio Coronado.