Le lent poison de l'affaire Cahuzac

POLITIQUE Les conséquences de la fraude et du mensonge de l'ex-ministre du Budget sont toujours perceptibles dans la vie politique française...

Maud Pierron

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Jérôme Cahuzac et Pierre Moscovici à l'Assemblée nationale, le 16 juillet 2012.
Jérôme Cahuzac et Pierre Moscovici à l'Assemblée nationale, le 16 juillet 2012. — WITT/SIPA

Trois mois après la démission de Jérôme Cahuzac, l’onde de choc continue d’empoisonner la vie politique française. Le soupçon sur le degré d’information de François Hollande et du gouvernement sur cette affaire, entre la révélation par Mediapart le 4 décembre, et la démission de Cahuzac, le 19 mars, continue d’alimenter les travaux de la commission d’enquête parlementaire, avec Pierre Moscovici, son ministre de tutelle, dans le viseur. Ce mercredi, c’est Jérôme Cahuzac qui est auditionné pour donner sa version.

L’ex-ministre n’aura probablement pas droit à l’indulgence de ses pairs dont beaucoup estiment qu’ils «payent» pour lui avec les lois sur la transparence lancés par François Hollande pour se sortir de la crise qui aurait pu emporter le gouvernement de Jean-Marc AyraultCar, avec lui, c’est la «République exemplaire» qui a sombré, Hollande devait réagir, quitte à revenir sur son engagement à ne jamais légiférer après un fait divers. Un «parfait contrefeux», selon Rémi Lefebvre, politologue à Reims, qui lui a évité un remaniement sous pression, mais qui a secoué une partie de sa majorité.  «Il s’est mis à dos à la fois les plus jeunes députés qui  trouvent ses mesures pas assez audacieuses, et les notables, qui sont choqués», avance-t-il.

«Un problème de légitimité et de crédibilité» pour la gauche

L’autre «séquelle» de l’affaire Cahuzac, c’est Hollande qui le dit, c’est la dynamique en faveur du FN, comme en témoigne la législative partielle de Villeneuve-sur-Lot. Avec cette affaire, «c’est le ‘tous pourri’ qui est réactivé», avance Yves-Marie Cann, directeur adjoint du pôle Opinion de CSA.  Un climat propice pour le FN. «Il y a eu ce coup de tonnerre Cahuzac, mais aussi une accumulation des affaires [Tapie, Guéant, Ndlr] qui accentuent la défiance envers les dirigeants politiques, explique le sondeur, ce qui donne un terrain favorable à l’expression du vote FN, ou à l’abstention». Mais, insiste-t-il,  «le contexte était déjà très mauvais»  pour tous les partis de gouvernement. Cette bombe pourrait exploser lors des européennes de 2014, vers lesquelles le FN a le regard braqué. 

«L’ensemble de la classe politique est éclaboussée», assure Rémi Lefebvre.  «Il y a la fois le sentiment que les élites sont impuissantes et qu’en plus elles  profitent de la situation», rappelle-t-il. Mais, assure-t-il, le fait que cette affaire là soit le fait d’un homme de gauche va diffuser longtemps son venin. «Cela disqualifie la gauche morale. Il n’y a de gauche possible que s’il y a exemplarité des hommes de gauche. A long terme, cela pose des problèmes de légitimité et de crédibilité», assure le politologue. Comment demander des efforts quand on peine à se les imposer? «On le voit avec les débats sur le non-cumul ou la transparence. Il y a un décalage effrayant entre l’ampleur de la crise démocratique et ce que font les élites», dit-il. C’est pourquoi, d’après lui, «on oubliera l’affaire Cahuzac, mais les traces qu’elle laissera sont structurelles». Car désormais, c'est «le cynisme qui domine, avec le règne absolu de l'argent. Ce qui est dramatique pour le PS, c'est que cela droitise le débat».