Jérôme Cahuzac, l’impossible rebond en politique?

POLITIQUE Plusieurs facteurs rendent un retour en politique improbable, même s'il ne faut jamais jurer de rien en politique...

Maud Pierron

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Jérôme Cahuzac déambule samedi 11 mai 2013 sur le marché de Villeneuve-sur-Lot, ville dont il a été maire.
Jérôme Cahuzac déambule samedi 11 mai 2013 sur le marché de Villeneuve-sur-Lot, ville dont il a été maire. — J. FAURE / AFP

Dans un coin de sa tête, l’idée d’un retour en politique, un jour, s’est tapie. Déjà, l’ex-ministre hésitait à se présenter à la législative partielle de Villeneuve-sur-Lot. Ses proches le décrivent comme un homme qui s’estime victime d’une injustice, «payant pour les autres». «Il avait l’obsession de la réussite et de ce que les gens pensent de lui. Le fait qu’il a été un bon maire, un bon député, un bon président de la Commision des finances soit balayé le rend amer», confie le député PS Dominique Lefebvre, un de ses amis. D’où son envie d’en découdre sur le ring électoral. «Pour qu’il retrouve un espace politique éventuel, il faut que le processus judiciaire se termine. Jérôme le sait. Il a 60 ans. Il en souffre car il aurait voulu donner une autre image à ses proches et sa famille», ajoute le député.

«Pouvoir de nuisance» politique

«Dans notre baromètre de juin sur la cote d’influence des personnalités, Jérôme Cahuzac est dernier, à 3%. C’est un record absolu», avance Eric Bonnet, directeur des études de BVA. Même DSK, après le choc de l’affaire du Sofitel, flottait autour des 15%. Si Cahuzac est si rejeté, c’est que l’affaire a «choqué» l’opinion, «sur la forme comme sur le fond», dit le sondeur. Et même à Villeneuve-sur-Lot, son avenir paraît sombre. «Il est peut-être plus soutenu localement, mais de là à redevenir majoritaire, c’est très compliqué, il n’a réellement plus de socle», ajoute-t-il.

Pour le politologue Rémi Lefebvre, c’est aussi la nature de la faute de Cahuzac qui complique son éventuel retour. «On n’est jamais mort en politique mais on a rarement vu quelqu’un d’aussi compromis, dans le mensonge répété et ostentatoire, revenir dans le jeu politique. Dans la plupart des autres affaires, il n’y a pas d’enrichissement personnel. Là, c’est son intérêt personnel qui a primé. Il a dilapidé son capital de légitimité», analyse-t-il. D’autant, qu’avance le chercheur, «concrètement», pour se présenter à une élection, il faut avoir l’appui d’un parti. Et là, il y a peu de chance que le PS l’accueille ou qu’un autre le fasse.

L’impossible est toujours possible

Mais heureusement, la politique est loin d’être une science exacte et les scénarios les plus rocambolesques peuvent voir le jour. «Son retour est une possibilité qui ne peut pas être exclue», soutient mordicus Jean-Luc Mano, président de la société de conseil politique Only. Et pour deux raisons: «On est dans un système judéo-chrétien: il faut avouer, être condamné, puis il y a l’idée qu’on a réglé ses comptes et qu’on a le droit à une deuxième chance. Et en France plus qu’ailleurs, le jugement très violent de l’opinion sur ces affaires s’estompe rapidement.»

Sauf que là, Jérôme Cahuzac a été exclu de la classe politique par l’ensemble de la classe politique. «L’affaire Cahuzac a été immédiatement systémique: elle mettait en cause le système. La classe politique a donc essayé de se protéger en isolant Cahuzac du système, en cognant sur lui très violemment, pour dire “c’est la faute d’un seul homme”», rappelle Jean-Luc Mano. Et c’est d’ailleurs pour ça que Cahuzac pourrait revenir, non pas en politique, mais troubler le jeu politique, un peu comme une grenade prête à dégoupiller. «Avec la menace de son livre, c’est une manière de dire: "On a fréquenté les mêmes placards pendant 15 ans, attention si vous me cherchez trop, je balancerai les cadavres"», ajoute-t-il. Même analyse du côté de Rémi Lefebvre, qui lui voit surtout «un pouvoir de nuisance». «Il a été humilié, n’a reçu aucun soutien, il saura peut-être se rappeler au mauvais souvenir de ses camarades.»