Les politiques tirent les leçons de Villeneuve-sur-Lot

M.P.

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Les candidats Etienne Bousquet-Cassagne (FN) et Jean-Louis Costes (UMP), avant un débat, le 19 juin à Villereal.
Les candidats Etienne Bousquet-Cassagne (FN) et Jean-Louis Costes (UMP), avant un débat, le 19 juin à Villereal. — MEHDI FEDOUACH / AFP

La circonscription de Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne) tient son nouveau député: l’UMP Jean-Louis Costes a remporté le siège de Jérôme Cahuzac dimanche soir. Mais le résultat très serré de l’élection, 53,76% des suffrages pour le candidat UMP contre 46,24% pour le jeune frontiste Etienne Bousquet-Cassagne, a suscité de nombreuses réactions politiques. Chaque parti en a profité pour tirer les leçons de cette législative partielle qui voit pour la huitième fois en un an un candidat PS battu par l’UMP et éliminé dès le premier tour par un candidat FN.

Le Front républicain mis en cause de tous les côtés

Au PS, nombreux sont ceux qui pensent qu’il faut revoir la doctrine du Front républicain, qui consiste à appeler à voter pour l’UMP pour faire barrage au FN quand le socialiste est battu au premier tour. «Le Front républicain n’a pas de sens s’il est systématique. Quand vous êtes face à un candidat UMP qui a tenu des propos très durs, sur le mariage pour tous ou l’immigration, proches du Front national, la question se pose. Il y a vingt-cinq ou trente ans, on pouvait dire aux électeurs ce qu’ils devaient faire, aujourd’hui, c’est différent», a par exemple déclaré Razzy Hammadi ce lundi matin sur RMC. Son compère socialiste, Yann Galut, pense également que le concept a vécu, mettant en cause la droitisation de l’UMP. «Tant que l’UMP court après le FN, les électeurs traîneront des pieds face aux consignes de vote des états-majors politiques appelant à faire front républicain», explique-t-il dans un communiqué.

Mais tous les socialistes ne sont pas sur la même ligne: Jean-Christophe Cambadélis estime lui sur son blog que ce «serait moralement irresponsable et politiquement débile de rompre avec cette attitude de fermeté vis-à-vis du FN». Il ajoute: «Car sinon on fait quoi? On demande à nos électeurs de laisser l'UMP se faire battre pour en porter ensuite la responsabilité? Dans quel but?» Evidemment, fort du résultat, Florian Filippot, le vice-président du FN a insisté sur «l’échec du Front républicain» qui «ne fonctionne plus». Alain Juppé, pourtant souvent réservé sur le sujet, a aussi mis en doute le Front républicain. «Je ne suis pas sûr que faire du Front républicain une stratégie nationale soit une bonne idée, je me demande même si ça n'alimente pas, d'une certaine manière, la propagande du Front national qui veut mettre l'UMP et le PS dans le même sac du ‘tous pourris’ pour s'en dissocier», a-t-il confié.

Le FN voit le verre à moitié plein et rêve de lendemains qui chantent

Le Front national rêvait d’envoyer un troisième député à l’Assemblée. Las, son candidat a été battu. Mais au FN, on se montrait optimiste ce lundi. Ce résultat est «une victoire politique et idéologique», a-lancé Louis Aliot sur LCI. «Dans la configuration actuelle, dans une tri-polarisation de la vie politique, avec des forces égales UMP, PS, Front ational, il y aura des villes qui basculeront dans notre camp aux élections municipales» de mars prochain, a-t-il dit, citant des villes «dans le nord, le sud, en Alsace, en Lorraine». Florian Philippot, vice-président du FN, a même déclaré dimanche soir que si les législatives se déroulaient aujourd’hui, le FN aurait «au moins une quarantaine de députés».

La gauche se remet en cause et le PS veut plus d’organisation

Huitième défaite en un: le bilan des législatives partielles est sans appel. Du coup, à gauche, les appels à changer le cap se font plus pressants. C’est EELV qui parle de «net désaveu» pour la majorité et qui «appelle la majorité et le gouvernement à affirmer clairement leur volonté d'entendre les aspirations au changement qu'expriment ces dernières élections partielles.» C'est un «très gros coup de semonce politique», a lancé la ministre écologiste du Logement Cécile Duflot lundi sur France Inter, invitant à apporter des réponses et des solutions à la crise. Harlem Désir a demandé au gouvernement d’«intensifier» la mobilisation contre le chômage et à «répondre aux problèmes des agriculteurs, assurer le maintien des services publics dans les zones rurales». Pour le Front de gauche, c’est même la politique du gouvernement qui pousse l’électeur vers le FN. «En menant une politique d'austérité et de l'offre pour répondre aux exigences de Bruxelles, le tout au nom de la ‘gauche’, en organisant la désespérance sociale, le président de la République cultive le terreau sur lequel poussent les mauvaises herbes de l'extrême droite», explique Eric Coqurel, un proche de Mélenchon. Bruno Le Roux, lui, estime qu’il faudrait que la majorité s’organise avant un scrutin: en clair, fasse l’union dès le premier tour. «On n'a pas de raison de partir affaiblis à une élection. Quand elles sont difficiles, il faut se rassembler», insiste-t-il.

La droite a la victoire modeste et stigmatise les électeurs socialistes

Rachida Dati par exemple, estime que la droite aurait «tort de se satisfaire de ce résultat» car «le FN ne serait rien si nous avions un projet crédible, audible et incarné».Et la maire du 7e d’ajouter: «Nous avons un travail urgent à faire à droite. Nous avons perdu ce qui a toujours fait notre force, notre connexion aux Français.» Jean-François Copé a expliqué que cette victoire est aussi un «avertissement». Pour le gouvernement, bien sûr, mais aussi pour l’opposition, appelant encore à une «droite décomplexée». Et Beaucoup, à l’instar de Jean-François Copé ou Jean-Pierre Raffarin ont mis en cause «le report très important du vote socialiste sur le Front national». Pour l’ancien Premier ministre, «la meilleure réponse au FN, c'est l'unité de l'UMP», alliant ses «deux cultures», la droite décomplexée et la complexité des centres».