Appel contre les «privilèges des députés»: Noël Mamère pointe le risque de «l'antiparlementarisme»

Propos recueillis par Enora Ollivier

— 

Le député écologiste Noël Mamère, le 24 avril 2013 à l'Assemblée nationale.
Le député écologiste Noël Mamère, le 24 avril 2013 à l'Assemblée nationale. — LCHAM/SIPA

Voilà un appel qui agace copieusement, à gauche comme à droite. Le Nouvel Observateur a publié dans son édition de jeudi le coup de gueule de 10 députés qui, en pleine discussion sur la transparence de la vie politique, veulent aller plus loin. Une démarche qualifiée de «poujadisme rampant» par le groupe socialiste, de «concours du plus vertueux» par le chef de file des députés UMP Christian Jacob. Noël Mamère, élu Europe Ecologie - Les Verts de Gironde, rappelle quant à lui que son parti s’est saisi de ces questions depuis plusieurs années. Et fustige la «démagogie» de certains.

Que pensez-vous du coup de gueule des députés sur leurs «privilèges»?

Cela fait un moment que nous les écologistes nous nous intéressons au sujet, et nous avions déjà déposé une proposition de loi sur la transparence de la vie publique en 2011. Pourquoi n’avait-elle pas été voté? Il y en a un peu marre de ces démagogues qui se réveillent tardivement, comme Laurent Wauquiez [le député UMP  de Haute-Loire est favorable à un alignement strict de la retraite des députés sur le régime de droit commun]. Aujourd’hui, Laurent Wauquiez veut laver plus blanc que blanc alors qu’il  avait été mis en cause dans le financement de son micro-parti!  C’est de la démagogie, et une manière d’alimenter l’antiparlementarisme.

Des députés écologistes figurent aussi dans l’appel du «Nouvel Obs», comme François de Rugy qui demande un contrôle des lobbys…

Il a raison! Il ne fait que répéter ce qu’il dit depuis des années. Quand vous voyez, comme l’a montré le magazine de France 2 Cash investigation, que même des membres de cabinets ministériels sont invités à déjeuner par le lobby du tabac… Il faut un meilleur contrôle, et le projet de loi ne va pas assez loin sur ce sujet.

Le texte sur la transparence qui est en discussion à l’Assemblée va-t-il malgré tout dans le bon sens?

Oui, avec notamment le renforcement de la commission pour la transparence de la vie publique, qui va se transformer en Haute autorité. On ne retient que l’idée de la publication de patrimoine, mais le plus important, c’est la question du conflit d’intérêt.  Vous cherchez à connaître ce que j’ai? Mais je suis député depuis 1997 et la plupart de mon patrimoine, je l’ai gagné en tant que journaliste, profession que j’ai exercé pendant 30 ans. La question est de savoir s’il y a eu un enrichissement pendant le mandat, mais ça, c’est à la commission d’y répondre. Sur les conflits d’intérêts, le projet de loi va très loin, c’est une bonne chose. La déontologie, ça s’applique aux députés mais ça devrait s’appliquer aux fonctionnaires, qui font des allers et retours  entre le public et le privé, ou aux journalistes du service publics, qui font des «ménages» [des prestations rémunérées par des groupes privés]. Quand on veut faire une opération mains propres, on la fait partout.